partant

septembre 2001

La fin du développement

naissance d'une alternative ?

 

de François Partant

 

 

Notes de lecture de Jean-Paul Allétru

 

 

Ouvrage signalé dans  le "Manière de voir " (Le Monde Diplomatique) de juillet-août 2001 intitulé  "Polémiques sur l'histoire coloniale".

J'ai eu envie de lire cet ouvrage parce que l'idée de développement, à laquelle se réfère très souvent l'action politique, au niveau national et au niveau international, me semble condamnée par la finitude de notre planète. Dès à présent l'essentiel de l'économie mondiale repose non plus sur les biens ma              tériels, mais sur des services immatériels (en particulier les jeux, le divertissement, le spectacle), ce qui la rend extraordinairement fragile et erratique.

Ce n'est pas exactement le propos de François Partant, dans les préoccupations duquel je me reconnais cependant pleinement.

 

François Partant (1926 - 1987) fut d'abord cadre supérieur dans des institutions financières nationales et internationales. C'est en homme de terrain qu'il prit conscience des aberrations auxquelles conduisaient des politiques de développeemnt menées dans le tiers-monde. Il a écrit plusieurs ouvrages, qui ont été publiés de 1976 à 1994, et les scénarios de plusieurs films (de 1975 à 1983).   

Lors de sa sortie en 1982 aux éditions de La Découverte, ce livre fut qualifié par Le Monde de "livre choc".

Le livre a été réédité par Actes Sud, "Babel", Arles, en 1997.

L'association La ligne d'horizon - les amis de François Partant, domiciliée à Malakoff, a comme objectifs de diffuser les analyses de François Partant, de les confronter aux mutations de notre société et d'approfondir la réflexion sur les alternatives.

 

Le choc provoqué par les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, mettant en évidence la fragilité de la plus grande puissance mondiale, frappée dans ses symboles les plus éclatants, en face de terroristes décidés jusqu'au sacrifice de leur vie, doit nous inciter à une réflexion en profondeur sur  notre monde: qu'est-ce qui peut expliquer les fantastiques écarts entre l'opulent Manhattan et le famélique Afghanistan ? vers quels abîmes va le monde ?

C'est à une analyse de la "crise" allant à la racine des choses, et à une recherche des solutions pour en sortir, que nous convie François Pa          rtant, dont le propos, quoique datant de près de 20 ans, reste tout-à-fait d'actualité, et se révèle même, sur certains points, prémonitoire.

 

La fin du développement 

 

De nombreux intellectuels mettent leurs espoirs dans les nouvelles technologies de l'informatique et de la robotique, qui selon eux vont libérer la société de la nécessité de travailler pour produire une quantité toujours croissante de biens et de services consommables. Pourtant, la situation économique et sociale ne porte guère à l'optimisme. Le déséquilibre entre pays industrialisés et pays sous-développés s'est constamment aggravé, de même que les disparités économiques et sociales internes à chaque pays.

Comment instaurer d'autres rapports sociaux et internationaux ? Tel est le problème le plus urgent à résoudre.

 

Le marxisme  a condamné  l'injustice des rapports de production, mais non l'accumulation nécessaire au développement des forces productives, ni les technologies qui contribuent à ce développement.

Ce n'est qu'à la fin des années 1950 qu'un courant de pensée, né aux Etats-Unis, a commencé à mettre en doute le caractère bénéfiqure de l'évolution technico-économique. Fortement marqué par Ivan Illich, ce courant s'est considérableemnt renforcé avec la montée du mouvement écologique. Les écologiques dénoncent les contreparties de la croissance: pollution, épuisement de ressources non renouvelables, appauvrissement génétique (disparition d'espèces, ... ), dégradation de nos conditions de vie. Mais il faudrait aussi prendre en compte les fantastiques transferts de ressources et de capitaux qui s'effectuent à l'échelle mondiale, au profit des pays industrialisés. Or, même les pays qui prétendent, au moins en France, vouloir rompre avec le capitalisme entendent bien préserver la construction technico-économique élaborée par le capital.

L'époque coloniale est officiellemnt terminée, mais les pays capitalistes industrialisés continuent d'absorber  la quasi-totalité des matières premières disponibles dans le monde. Même lorsque nous condamnons nos pères pour ce qu'ils entreprirent, nous acceptons leur héritage, nous sommes ainsi amenés à continuer leur oeuvre.

Si les pays industrialisés continuent de progresser en suivant la trajectoire qui est actuellement la leur, quelle incidence aura leur progression sur les autres ? Pour beaucoup, la réponse est que les pays industrialisés devront accroître leur aide au tiers-monde afin que celui-ci puisse se développer comme ils le font eux-mêmes. Or l'idée que le tiers-monde peut et doit se développer comme les pays qui passent pour l'être est parfaitement absurde. L'idée qu'on peut et doit l'y aider l'est tout autant.

En réalité, si le développement des pays capitalistes industrialisés résulte d'un déséquilibre socio-économique qu'ils ont provoqué et qui désormais s'auto-entretient, leur position internationale, avec les avantages qu'ils en retirent, est anormale et injuste. Les innombrables victimes de ce déséquilibre doivent alors la combattre.

 

Mais  l'évolution technico-économique est devenue incontrôlable.

Le Capital et l 'Etat financent, donc orientent, la recherche: le progrès n'est donc jamais neutre, il sert la volonté de puissance de l'Etat, et d'accumulation du Capital, c'est-à-dire des intérêts étroits, de classe, ou nationaux. Mais chaque entreprise étant en concurrence , chaque Etat étant en compétition, est obligée d'adopter les normes de production du plus compétitif. L'uniformisation du monde est donc inéluctable. Le prodigieux développement des échanges internationaux a considérablement accentué l'interdépendance des économies capitalistes.

Désormais, l'économie domine le politique, le social, le culturel.

µImpossible d'arrêter cette évolution: chacun n'accepte sa situation que danbs l'espoir qu'elle s'améliorera; il faut donc que la production augmente, sinon pour assurer une véritable amélioration des conditions d'existence de tous, du moins pour en créer l'illusion (par exemple par un simple changement dans l'apparence des objets). L'arrêt de la croissance entraîne une montée du chômage, d'autant plus rapide que l'évolution technique, elle, se poursuit.

C'est le développement lui-même qu'il faut mmettre en cause. Limté dans l'espace, il l'est aussi nécessaireemnt dans le temps. Il n'aura été que l'aventure d'une petite fraction de l'humanité, pousuivant un but beaucoup trop étroit par des moyens très généralement condamnables.

L'hypothèse la plus probable est celle d'un chaos social généralisé. Mais tôt ou tard, les sociétés se recomposeront sur de nouvelles bases. C'est cette éventualité qui sera étudiée ici. Mais ce qui pourrait être une alternative restera en pointillé: sa définition ne peut faire l'objet que d'un travail collectif, à l'échelel mondiale.

 

Fondements idéologiques du développement

 

Le terme de développement n'est entré dans la littérature économique qu'avec la décolonisation.

Pour l'Occident, l'homme est présenté comme la fin dernière de l'univers. Cet anthropocentrisme explique l'irrespect fondamental de l'Occidental à l'égard du monde physique et des autres espèces vivantes. Dans la mesure où il élimine beaucoup de contraintes et de scrupules, cet irrespect a contribué aux succès historiques de l'Occident. Il a ensuite été théorisé par la science économique.

L'Occidental a également établi une hiérarchie au sein de l'humanité, en fonction de leur niveau de connaissance "scientifique" et de leur maîtrise des techniques. Cette interprétation des différences repose sur le postulat d'une évolution "unilinéaire". C'est ainsi que la domination de la société occidentale sur des populations présumées attardées put passer pour une oeuvre civilisatrice.

 

Avec la décolonisation, la mission civilisatrice que l'Occident a prétendu se donner s'est transformé en une mission d'aide.

De la sorte, les pays industrialisés restent maîtres du jeu. Ils exporteront des équipements, en échange des matières premières.

Les élites dirigeantes du tiers-monde, conditionnées, ont pour ambition un "niveau de développement" qui exclut toute tentative d'autarcie.

Le prestige du modèle est assuré par ses réalisations techniques.

Le capitalisme et le socialisme entretiennent tous deux l'idée que le progrès social ne peut résulter que d'un accroisseemnt de la richesse d'une société. De fait, dans les sociétés industrialisées, l'individu aurait désormais bien du mal à vivre, sans le travail que lui donne le Capital et sans les quelques services que lui fournit l'Etat. Mais l'on pourrait parfaitement concevoir une autre organisation politique , économique et sociale, grâce à laquelle les individus n'auraient plus à attendre du pouvoir ce qu'ils peuvent faire par eux-mêmes. C'est un des enseignements d'Ivan Illich, qui a suscité une utile réflexion sur l'autonomie individuelle.

La prétendue "science" économique se révèle une des composantes essentielles de l'idéologie occidentale. L'idée de développement n'est qu'une fantastique entreprise de mystification, qui abuse les mystificateurs eux-mêmes. Toutes les sociétés, en fait, sont développées, y compris celles qui nous paraissent les plus primitives. Celles-ci maîtrisaient les conditions de leur propre reproduction sociale.

La colonisation a provoqué le sous-développement des régions dont elle prélevait les ressources, ainsi que la  régression technologique des populations qui ne pouvaient plus définir leurs besoins en fonction de leur culture, ni choisir les moyens techniques d eles satisfaire.

 

La chèvre et le chou

 

Dans le cadre du système sociopolitique mondial actuel, le développement technico-économique du tiers-monde est impossible.

Le Gabon faibleemnt peuplé est riche en ressources naturelles: okoumé, manganèse, uranium, pétrole, fer, etc.

Le prix auquel les pays industrialisés achètent, par exemple le manganèse doit d'abord permettre au Gabon de payer ou de rembourser à ces mêmes pays les biens et services qu'ils fournissent pour assurer la production et l'exploitation de cette matière première (parmi lesquels les salaires étrangers :la charge salariale de la société qui exploite le manganèse était constituée, en 1975, pour plus d'un tiers de salaires européens).

Le Gabon ne reçoit que quelques taxes pour l'entretien de son appareil d'Etat et les salaires versés à la main d'oeuvre locale (et qui diminue à chaque progrès technique).

Le Gabon fournit un exemple caricatural de ce pillage auquel les pays industrialisés se livrent en considérant qu'un ematière première ne vaut que ce qu'il en coûte pour se l'approprier.

Et le pire est que le Gabon consacre ses ressources financières à construire un chemein de fer qui permetra d'accélérer les exportations de bois et de mettre en exploitation un gisement de fer. le fer sera exporté et permettra de remborser aux Européens qui l'importeront, les crédits qu'ils ont consentis au Gabon pour que soit construit, par leurs propres entreprises, ce chemein de fer qui ne sert que leur propre économie!

Quand les ressources naturelles du Gabon seront épuisées, les Gabonais seront un des peuples les plus pauvres du monde. et les villes construites par la minorité qui aura vécu fastueusement à la faveur du "développement du Gabon seront probablement reconquises par la forêt tropicale.

En outre le Gabon est très endetté. Sa capacité d'endettement est surestimée par les experts, qui ne considèrent que sa richesse en produits exportables, en oubliant que ne demeure en définitive dans le pays qu'une très faible part des "recettes d'exportation" (de 5 % à 30% selon les produits). Cette valeur résiduelle, faible, diminue encore  quand les exportations augmentent, si cette augmentation est dûe à des moyens techniques importés : les taxes versées à l'Etat augmentent, mais la main d'oeuvre, donc les salaires versés, diminuent. Les intérêts du gouvernement sont donc à l'opposé de ceux de la population.

De toutes façon, le gouvernement est tenu d'adopter ces progrès qui améliorent la productivité du travail, car le Gabon ne bénéficie d'aucun monopole, et ses prix à l'exportation doivent demeurer compétitifs. C'est ainsi qu'il a dû se résigner à ne prélever aucune taxe sur sa première mine d'uranium, aujourd'hui épuisée, et à voir tendre vers 0 la valeur résiduelle de ses exportations de bois.... 

 

Le club de Rome a publié une étude sur les limites physiques à la croissance,  qui fit scandale. (Halte à la croissance, Fayard)

Dans le domaine de l'énergie, la conférence mondiale réunie à munich en septembre 1980 a tiré la sonnette d'alarme: le fossé se creuse dangereusement entre les besoins des pays consommateurs et les ressources disponibles à court et moyen terme. l'optimisme officiel n'est nulleemnt entamé par ce genre de constatation. Et qu'en serait-il de la "crise de l'énergie " si le tiers-monde se développait ? L'américain moyen consomme mille cent fois plus d'énergie que le Rwandais moyen.

 

La formule "après nous le déluge" est améliorée par une note optimiste: nos enfants sauront certainement construire l'arche.

 

Les africains auraient tout avantage, plutôt que d'importer une usine textile, à ne se vêtir que d epagnes de raphia ou à ne rien porter du tout.

Les minorités privilégiées du tiers-monde sont avides de "progrès", elles placent les transferts de technologies au centre d eleurs préoccupations: grâce à ces transferts, elles accaparent les ressources financières que dégagent les activités productives ( avec dix ouvriers, l'usine textile produit plus que mille artisans, mais aussi elle concentre la valeur que crée le travail entre les mains de son propriétaire, valeur auparavant répartie entre mille personnes).

 

Selon Robert Linhart (le sucre et la faim, Minuit, témoignage accablant sur ce qu'on a appelé "le miracle brésilien"), "plus les économies du tiers-monde s'ouvrent sur le marché mondial, plus la masse des populations s'enfonce dans le dénuement".

 

Sur la scène internationale, les hommes qui parlent au nom du tiers-monde ne sont nullement représentatifs des peuples qu'ils dirigent et dont les intérêts réels, vitaux, ne sont jamais pris en compte. dans le tiers-monde, l'Etat est une structure de pouvoir aberrante, car c'est sur lui que s'articule el système d'échange qui provoque le sous-développement.

 

René Passet, (p67),  dans "l'Economique et le vivant", dénonce l'"économisme", qui évacue de son domaine la question des fins (quel objectif doit-il être atteint ?), et qui ne prend pas en compte les besoins de reconstitution de la ressource humaine et du facteur naturel, mais qui inspire bel et bien la pratique économique.

 

Le développement a des conséquences sociales inacceptables. Seule constatation rassurante: il est financièrement impossible. Le tiers-monde est incapable de payer ce qu'il importe avec la seule valeur résiduelle de ses exportations. Les crédits qui lui ont été consentis pendant la période d'euphorie commerciale étaient hors de proportion avec sa capacité d'endettement. On s'en est aperçu au début des années 70.

 

JJSS a trouvé la solution: le robot!

En fait, le robot va ôter au tiers-monde le seul avantage qui était le sien dans la compétition internationale: celui d'avoir une main d'oeuvre abondante et bon marché. Les nouivelles technologies ne peuvent qu'approfondir les difficultés sociales, économiques et financières dans lesquelels se débat le tiers-monde non producteur de pétrole.

Pourtant, il est probable que les pays capitalistes industrialisés continueront d'exporter et d'investir dans le tiers-monde insolvable: les intérêts privés, eux, en effet, n'ont rien à perdre, les firmes exportatrices étant assurées contre les risques de non-paiement (ou les multinationales réinvestissant leurs profits dans des productions exportables).

Par exemple, Volkwagen a créé une filiale au Brésil.Longtemps, la firme allemande a reçu de sa filiale beaucoup plus que ce que lui aurait rapporté l'exportation de véhicules vers ce pays. Mais le jour où le Brésil n'a plus eu de devises (le Brésil est aujopurd'hui l'un des plus endettés du monde), Volkswagen a réinvesti sur place ses bénéfices, en les plaçant dans d e grandes exploitations agricoles. Mais ses profits ne seront distribués aux actionnaires que si le ranch brésilien exporte de la viande en Europe, au détriment des éleveurs européens.

Tout le système bancaire occidental se trouve en situation de faillite virtuelle. La faillite  pourra être différée tant que les pays pétroliers n'auront pas l'emploi de leurs ressources financières.

La construction économique mondiale repose sur une spéculation financière qui ne durera pas éternellement.

 

L'échange et la théorie des avantages comparatifs

 

La théorie des "avantages comparatifs" ( qui est la seule justification au libre-échange, selon un haut fonctionnaire du GATT cité par Paul Fabra, Le Monde 17/1/1978) est due à Ricardo, il y a près de deux siècles. Ricardo affirme : si le Portugal ne peut pas produire des tissus dans d'aussi bonnes conditions que l'Angleterre (s'il doit y consacrer plus de temps de travail qu'elle), il a avantage à produire du vin qui lui servira de monnaie d'échange. Mais pourquoi le Portugal n'est-il pas aussi développé que la Grande-Bretagne ? 

Un pays s'enrichit quand il s'industrialise, à la condition que son industrie s'autodéveloppe et qu'elle fournisse aux autres secteurs les moyens techniques de leur propre développement: son industrie apporte alors toujours plus de valeur aux matières premières qu'elle élabore. il s'enrichit en outre par l'échange, lorqu'il exporte des produits à faible valeur ajoutée, en échange de matières premières. en pareil cas, il pratique un échange inégal. Et cet échange devient de plus en plus inégal.  La "détérioration des termes de l'échange" affecte tous lkes pays sosu-développés producteurs de matières premières et de produitsq agricoles.

L'Espagne et le Portugal, pourtant puissances coloniales, one employé les fantastiques ressources qu'elles arrachaient à l'empire à des fins non productives : construction de palais et d'églises.

La "détérioration des termes de l'échange" joue également au détriment des agriculteurs des pays développés. Ceux -ci sont contraints de recourir à des produits industiels dont le prix augmente plus vite que celui de la production qu'ils permettent.

Le pays qui exporte un minerai vend une ressource qui ne se renouvelle pas. Or notre système économique n'établit aucune différence entre les ressources renouvables et les ressources non renouvelables. Celles-ci devraient être considérées comme un actif dont la liquidation n'est justifiée que si elle permet de constituer un capital reproductible, afin de ne pas compromettre les possibilités de production des générations futures.

 

La théorie de Ricardo est inexacte et contredite par les faits.L'échange ne serait également profitable aux deux coéchangistes que si les produits échangés contenaient, à partir d'une matière première de même prix, une valeur ajoutée égale et reflétant, de par sa composition, les mêmes structures sociopolitiques et économiques (salaires, emploi, amortissements,  ...).

 

Aujourd'hui, la loi duplus fort jouant sans limites, ou presque, au sein du groupe des pays industrialisés, ceux-ci vont pouvoir constater que l'optimum économique se réalise au détriment d'une fraction croissante de chaque nation. Ils ne peuvent pour autant renoncer à la liberté des échanges. Aucun d'eux ne peut désormais poser des limites à ceux-ci sans se créer des problèmes internes (que deviendraient les innombrables activités qui se greffent sur la production à la faveur de l'échange ?) et sans en susciter chez ses partenaires commerciaux qui seraient alors fondés à prendre des mesures de rétorsion. Ainsi la liberté des échanges n'est-elle justifiée que par les risques que comporterait leur limitation.

 

Certains experts (assemblée de la FAO, 1980) préconisent de soustraire les produits alimentaires aux échanges internationaux. Cette position n'est guère réaliste. Ce n'est pas la production agricole qui devrait devenir autonome par rapport au marché mondial: c'est une société.

Pour certains "alternatifs", proposent que chacun travaille davantage pour lui-même: ce qu'il produira pour lui-même réduira d'autant ses besoins monétaires.

L'échange est inhérent à toute vie sociale. Mais l'échange économique, tel qu'il se pratique aujourd'hui à l'échelle mondiale, est à condamner pour trois raisons essentielles:

- il fait prévaloir une notion de "valeur" partout la même, alors qu'elle devrait être différente selon la culture et les besoins spécifiques de chaque société;

- il ne tient pas compte de l'inégale productivité du travail des coéchangistes. Pour acquérir un produit industriel qui a nécessité une heure de travail, le pays sous-développé devra fournir sept heures de travail;

- il provoque des spécialisations fondées seulement sur desdonnées économiques et financières. Ces spécialisations sont parfois très défavorables, et elles ne devraient pa sêtre indépendantes de ce que chaque société souhaite produire.

Jusqu'ici, la critique du système capitaliste a porté davantage sur les conditions de production que sur les conditions d'échange. Lorque les socialistes occidentaux prônent des nationalisations, ils n'envisagent que la démocratisation des avantages acquis par le Capital. En fait, si l'on admet qu'est injuste l'appropriation privée d'un instrument de production, dont l'existence et le développement sont assurés par un travail collectif, sa nationalisation l'est déormais tout autant.

 

L'intégration économique

 

Ingmar Granstedt ("l'impasse industrielle", Seuil), utilisant l'angle d'observation adopté par Ivan Illich et André Gorz, distigue deux modes de production, l'un "autonome", l'autre "intégré". La production "autonome" est partout éliminée par la production "intégrée", qui met en oeuvre des moyens techniques lourds, donc des capitaux importants, une main d'oeuvre nombreuse et souvent soumise à une organisation de type militaire, avec une division du travail allant jusqu'à la parcellisation extrême des taches, ainsi qu'avec des spécialisations de plus en plus poussées. La production intégrée a fini par rendre interdépendantes toutes les activités productives à une échelle quasi-planétaire.

L'évolution du mode de production est dûe à la concurrence. L'accumulation capitalistique a permis de financer une "recherche-développement" de plus en plus coûteuse. A son tour, cette accumulation a été favorisée par l'extension du champ social du capital, toutes les activités qui pouvaient être sources de profit devenant marchandes.

L'indépendance nationale tend à n'être plus qu'une fiction juridique.

 

Le Capital n'est pas responsable au plan politique ou social. La marge de manoeuvre du pouvoir économique de l'entreprise diminue à mesure que s'élargit le champ de la concurrence. Mais à l'inverse, la tendance à la concentration des capitaux donne aux détenteurs de ceux-ci un pouvoir politique important: il peut influencer les décisions gouvernementales, orienter l'information, manipuler l'opinion publique, voire financer un coup d'Etat (ITT au Chili).

Le champ du politique demeure national, alors que le champ du Capital est devenu international. La conséquence la plus grave de cette situation est que l'Etat ne peut plus remédier à l'irresponsabilité fondamentale dans le domaine socio-politique, fut-ce par des nationalisatioons, aussi larges soient-elles. La seule politique que puisse mener l'ETat est d'attirer les capitaux, de favoriser les entreprises, de concourir à lkeur compétitivité, notamment en imposant aux travailleurs les contraintes (l' "austérité") qu'impose la formation du profit. C'est l'option libérale, que tous les gouvernements occidentaux ont été ou seront amenés à prendre.

 

La renaissance d el'école libérale, surprenante à une époque où les mécanismes régulateurs du capitalisme s'enrayent et où le système est en crise, s'expliuque par la transformation du contexte économique.

L'Etat n'est plus -et sera de moins en moins- l'arbitre qu'il prétend parfois être entre le Capital et le Travail. On peut craindre que l'approfondissement inéluctable des difficultés sociales ne l'entraîne à devenir semblble à cet Etat "aberrant" du tiers-monde, à ce pouvoir qui poursuit en vain un objectif de développement, quitte à laisser crever la majorité de sa population et à noyer dans le sang ses révoltes.

 

En étendant son réseau à une échelle quasi-planétaire, le Capital a commencé à disloquer les nations. On se rappelle l'épique combat qui opposa Nancy à Bordeaux pour attirer une usine Ford.

Aucune nation ne maîtrise plus les conditions de sa propre reproduction. L'impérialisme des grandes puissances traduit l'extrême vulnérabilité de leur construction technico-économique. Or les principes auxquels obéit l'impérialisme sont à l'opposé de ceux dont la démocratie procède. Aux Etats-Unis lors de la guerre du viêt-Nam, la nation américaine a fini par prendre le parti de l'ennemi et à obliger l'Etat à renoncer.

 

Le travail et l'outil

 

Selon JJSS, les microprocesseurs vont assurer partout le plein emploi. Cette opinion se fonde sur le fait que l'adoption des nouveaux progrès technologiques n'a pas créé au Japon de chômage (faux, cf "Japon, l'envers du décor, de Kamata Satoshi, Ed Maspéro); et sur le pari que le développement de l'informatique va susciter de nouveaux besoins justifiant de nouvelles activités créatrices d'emplois (reprenant la théorie du "déversement" d'Alfred Sauvy, "la machine et le chômage").

Comme beaucoup d'analyses basées sur les statistiques, celle d'Alfred Sauvy n'a guère de signification: elle ne porte que sur l'économie des pays capitalistes industrialisés, pendant une période d'extension du champ d'action du Capital, au plan interne et au plan international. Or cette extension a des limites: la solvabilité des acheteurs et leur capacité à consommer.

Qui sont les acheteurs ? l'immense majorité de la société des pays industrialisés qui a la chance d'être solvable, soit parce qu'elle est incorporée à l'appareil de production (le secteur tertiaire prenant le relai de l'agriculture; mais les effectifs employés vont cesser de croître), soit parce qu'elle est associée au mode de gouvernement (au cours des dernières décennies, cette fraction a crû sensiblement; mais les prélèvements de l'Etat sur le produit national deviennent beaucoup trop élevés; et la tendance est maintenant d'abandonner au Capital certains services publics), soit parce qu'elle est assistée par ceux qui produisent.

Le progrès dans les techniques de production n'avait pas entraîné de chômage jusqu'à une époque récente pour quatre raisons essentielles:

- les travailleurs organisés ont mis à profit l'amélioration de la productivité pour obtenir des augmentations  de salaires, donc la consommation a pu croître et donner des débouchés à une production naissante;

- le mode de production "intégré" a élargi le marché solvable en englobant de nouveaux travailleurs-consommateurs (paysans);

- un nombre considérable d'activités sociales et culturelles sont devenues marchandes (sports, loisirs, tourisme);

- les gestionnaires du pouvoir capitaliste et les gestionnaires du pouvoir étatique ont proliféré.

Désormais, le progrès technique qui améliore la productivité du travail provoque le chômage, car il réduit le nombre de travailleurs: la fraction de la population qui est solvable grâce à son activité productive tend donc à diminuer. et il est évident que la robotique va puissamment accentuer cette tendance, que ne peuvent plus combattre les progrès-innovations.

Les espoirs que font naître ceux-ci reposent sur une illusion. L'évolution n'a jamais fait naître de nouveaux besoins, elle a simplement permis d esatisfaire autrement des besoins individuels et collectifs qui demeurent les mêmes (se nourrir, se vêtir, se déplacer, communiquer, ..). Dès lors que la totalité des besoins sont pris en charge par le Capital et par l'Etat, les biens et services produits pour les satisfaire peuvent changer, se perfectionner, mais leur production  ne fait que se substituer à une production existante.Il n'y a pas création d'activité mais transformation d'une activité productive.

L'homme est lui-même un être fini, sa capacité à consommer a des limites, notamment temporelles.

Si jusqu'à une date récente, la machine n'avait pas créé de chômage dans les pays industrialisés, en revanche elle en a créé dans le tiers-monde. Et les pays du tiers-monde ont déversé une partie de leur force de travail inemployée dans les pays capitalmises industrialisés.

Le phénomène nouveau est que désormais la machine crée du chômage dans les pays industrialisés eux-mêmes.

 

Devant la montée du chômage, la réaction la plus générale est de chercher comment créer des emplois. Elle est aussi logique que stupide.Le travail, qui fut pendant des siècles une dure nécessité imposée aux hommes, deviendrait une fin en soi !

Le PCF et la CGT préconisent la reconquête du marché intérieur: mais qu'adviendrait-il si tous les pays adoptaient cette position protectionniste ? La France serait en voie d erapide sous-développement.

Les solutions consistant en des avantages provisoires à l'embauche et à la formation professionnelle, qui sont les deux principaux axes de la politique française de lutte contre le chômage depuis dix ans, n'ont aucune influence sur le nombre d'emplois offerts.

Certains économiste sproposent de développer des activités sociales: aides ménagères, aux handicapés, aux viellards, ...: en admettant qu'elle soit possible financièrement et économiquement, la prise en charge de ces activités par le Capital, l'Etat ou des collectivités publiques réduirait encore un peuplus l'autonomie des individus.

Les gouvernements occidentaux prolongent la durée de la scolarité : mais ils peinent à expliquer à des adolescents pourquoi ils doivent s'ennuyer sur les bancs d'un CES en attendant d'être en âge de pointer au chômage.

 En France, l'idée prévaut qu'il faut essayer de mieux répartir les emplois existants: en encourageant les départs anticipés à la retraite (mais cela augmente les prélèvements à effectuer), et en négociant la durée du travail (mais en Belgique le temps de travail était limité à 35 heures part semaine, et le taux de chômage est l'un des plus élevés du monde occidental; la revendication des 35 heuires ne pourra it être satisfaite que si tous les pays industrialisés en compétition s emettaient d'accord pour la satisfaire).

Dans une économie qui n'est plus en expansion, le partage du travail est un projet tout à fait irréaliste. L'apparition du robot ne peut dès lors n'avoir que des conséquences sociales dramatiques.

Le rapport à autrui sera de plus en plus gravement médiatisé par la machine.

 

Auto-asphyxie du mode de production

 

Les capacités productives augmentent et se concentrent, pour répondre aux besoins d'une minorité qui diminue.

Les Etats du tiers-monde non producteurs de pétrole deviennent insolvables, alors que l'appareil de production des pays industrialisés exigeraity l'ouverture d enouveaux débouchés.

Le tiers-monde producteur de pétrole demeure encore un débouché, mais celui-ci est menacé par l'arrêt de la croissance et les économies d'énergie dans les pays consommateurs. Aujourd'hui, la situation de pays comme l'Indonésie, l'Algérie, le Nigéria ou le Mexique prouve que le pétrole n'est pas une assurance contre l'insolvabilité.

Au sein du monde industrialisé, la concurrence s'exacerbe. Certains pays peuvent cesser d'être un marché solvable pour les plus "avancés".

Le marché (interne au monde industrialisé) se restreindra à mesure qu'augmentera le chômage, puisque celui-ci pourra être de moins en moins indemnisé.

La récession s'accélérera avec l'abandon progressif des projets militaires.

 

La récession est déjà amorcée. Elle est masquée par le maintien des flux d'exportation vers le tiers-monde insolvable, et vers les pays du bloc soviétique, eux aussi dangereusement endettés.

 

Un autre mode de production est-il concevable ? Pour que l'économie obéisse à une autre logique que l'accumulation, il faudrait que s'établissent d'autres rapports sociaux et d'autres rapports entre sociétés.

Les valeurs d'usage créées grâce à l'actuelle concentration des activités productives, souvent socialement inutiles, voire nuisibles, sont produites à un coût réel qui se révélerait exorbitant, si étaient pris en compte les coûts indirects (pollutions, réduction du capital agraire, ...).

Produire autrement d'autres valeurs d'usage, dans un monde éclaté où chaque société redéfinit ses besoins en fonction deson milieu et de sa culture propres, cela peut apparaître, demain, comme la seule politique de "sortie de crise".

 

Les fractures

 

Les Etats-Unis, qui ont encouragé l'éclatement des empires coloniaux qui ouvrit la totalité du tiers-monde à leurs entreprises, et ont favorisé le libre-échange (en engageant des rounds dans le cadre du GATT), ont ainsi créé le contexte qui a permis au Capital d'oeuvrer en toute liberté à l'échelle mondiale, et de s'internationaliser.

Mais l'empire du Capital s'effondrera à son tour.

 

A très court terme, de nombreux pays sosu-développés vont se trouver dissociés du marché mondial, contraints à une autonomie dont leurs dirigenats ne veulent pas.

La relative autarcie à laquelle ces pays seront obligés est la condition première d'un développement endogène et autocentré. Les sociétés concernées devront retrouver leurs limites (qui ne sont jamais en Afrique celles qui ont été entérinées par les accords internationaux): c'est dire que des troubles sont inévitablmes. Ils peuvent même déboucher sur une totale anarchie, semblable à celle qui accompagna l'effondrement de l'empire chinois.

Au Brésil, s'organisent des microsociétés qui tentent de résoudre collectivement leurs problèmes économiques et sociaux. Des travailleurs sénégalais de la région parisienne ont constitué un fonds d'épargne, grâce auquel sont financées des opérations d'intérê général dans les villages dont ils sont issus.

Les sociétés du tiers-monde commencent à mettre en cause le développement lui-même (révolution iranienne contre le chah, indépendance réclamée par la population autochtone de Nouvelle-Calédonie, Afrique noire, Madagascar).

 

Dans les pays  industrialisés, point une "économie duale" (à distinguer de la société "dualiste"  évoquée par André Gorz , où chaque travailleur partage son temps entre la production intégrée et la production autonome), où à côté d'une économie hautement capitalistique et productive, naît une économie "informelle" qui permet la survie de ceux que rejette l'appareil de production mondialisé (récupération de déchets, transport à domicile, prostitution, trafics de drogue, mendicité et vol).

L'agriculteur français serait éliminé si l'europe optait, dan sle secteur agricole, pour le libéralisme en vigueur dans les autres secteurs.

Le chômage deviendra un puissant facteur de décomposition socilae, parce qu'il frappe toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Le chômage des intellectuels progresse comme celui des manuels. Dans le tiers-monde, où le phénomène est plus ancien, les régimes politiques ont de ce fait perdu une bonne part de leur base sociale .

La montée du chômage est freinée par le développement du travail à temps partiel, intérimaire et précaire. c'est alors la pauvreté qui progresse.. Les services de Sécurité sociale sont en difficulté dans tous les pays où il en existe.

La délinquance et la criminalité sont consubstancielles à la civilisation industrielle : inégalités socio-économiques visibles, déshumanisation de la rue, glorification de la violence. Le refus social s'exprime par de multiples voies : absentéisme, drogues, mouvements de contestation.

 

Le village doit devenir la cellule de base d'une économie rurale autogérée.

Le développement doit cesser d'être un processus technico-économique indépendant des choix socio-politiques et culturels propres à chaque société.

Le socialisme ne peut plus raisonnablement être présenté comme une alternative  souhaitable au capitalisme. Pour l'essentiel, l'idéologie occidentale, dont procèdent le capitalisme et le socialisme est encore bien vivace. Tout au plus peut-on parler, en occident, d'un désarroi idéologique. Des mouvements contestataires existent, chacun d'eux faisant apparaître comme primordial un seul aspect de la réalité: rapport de l'homme à son environnement pour les écologistes, rapports entre les sexes pour les féministes, rapports entre pays industrialisés et pays sous-développés pour les tiers-mondistes, etc. Mais il est à peu près certain que les militants les plus radicaux de chaque mouvement contestataire poursuivent un même idéal social.

 

Naissance d'une alternative ?

 

Compte tenu du contexte socio-économique, l'autogestion économique, que ce soit au niveau de l'entreprise ou à celui de la planification centrale ne pourrait être qu'une forme d'autodiscipline des travailleurs, puisque les conditions de production y sont fonction de l'environnement international. Mais si l'autogestion ne peut plus être l'objectif idéal que se fixe une collectivité nationale, elle peut être le moyen d'atteindre celui que se fixent les minorités régionalistes et autres dissidents: l'autonomie économique.

De nombreuses régions en France ont été paupérisées pendant la période de forte croissance, puis pendant la période de stagnation qui a suivi. La façon traditionnelle d'élaborer un plan d'autonomie régionale consiste à programmer les activités qui pourraient être promues ou développées en tenant compte des normes de production qui prévalent au niveau international, et des débouchés existants. Elle aboutit le plus souvent à créer des équipements touristiques.

Mais on pourrait aussi l'établir en dissociant la région en crise du monde en crise. il s'agit de déterminer les conditions dans lesquelles une société régionale pourrait se remettre au travail, à partir de ses seules ressources et en ne tablant que sur les seuls débouchés qu'elle représenterait à sa propre production. Le plan à élaborer n'est pas de "développement", mais de survie. 

L'autogestion élimine un nombre très important d'activités productives, soit parce qu'elles sont sans valeur sociale, soit parce qu'elles n'ont pas à être marchandes. La production socialement nécessaire peut n'exiger que peu de travail de chaque travailleur.

 

Les libéraux préconisent l'instauration d'une "société duale" , société divisée volontairement en deux grands sous-ensembles d'activités et d'individus, complémentaires et différents.(J. Arnado, C. Stoffaes, la société française et la technologie, La Documentation française). quelques Français veulent être informaticiens ou PDG de multinationales, d'autres préfèrent être porteurs de gare.

 

La démarche des alternatifs n'est pas généralisable. Mais leur manière de vivre, montrant que le bien-être matériel n'est pas proportionnel à la quantité des biens et services produits, contribue à dédramatiser la perspective d'un rééquilibrage socio-économique entre pays industrialisés et pays sous-développés.

Impossible d'échapper à une problématique qui fait des intérêts matériels la cause déterminante des relations entre individus, groupes sociaux et nations. L'organisation de la société étant mondiale, la démocratisation devrait s'effectuer à l'échelle mondiale.

Chaque entité socio-politique doit pouvoir concevoir son "développement" suivant ses voies propres, mais sans pouvoir poursuivre un objectif contraire aux intérêts d'autres entités politiques indépendantes.

 

Les expériences alternatives pourront se transformer en un système alternatif si elles prolifèrent en se coordonnant, c'est-à-dire si elles développent des activités suffisamment diversifiées pour que les nouvelles entités sociales puissent se détacher progressivement du système dominant, jusqu'à la rupture complète qui ferait d'elles des entités socio-politiques. elles n'y parviendront que si elles se dotent d'un organe de concertation , qu'on pourrait appeler la Centrale économique. La Centrale doit préserver la liberté d'entreprendre, qui est une liberté individuelle essentielle.

La concurrence n'est jamais qu'un effort individuel ou collectif pour l'emporter sur autrui, et est donc condamnable: ce rapport agressif n'est pas du tout inhérent à la nature humaine (celle-ci n'existe pas). Mais la concurrence est l'indispensable contrepartie de la liberté d'entreprendre.

 

Il est exclu qu'un système alternatif puisse être mis en forme et survivre à l'intérieur d'un pays donné. S'il doit voir le jour, ce sera dans tous les pays et sensiblement partouten même temps.

La nature des rapports que la Centrale a pour mission de favoriser à l'intérieur et à l'extérieur des frontières rend son travail inévitablement subversif.

 

Pour une charte de la contestation mondiale

 

La pensée politique actuelle, sclérosée, ne prend pas en compte des données essentielles (l'écologie, les aspirations de l'individu qui n'est pas uniquement un être social, ...). Cette sclérose a des conséquences dramatiques. Trop de militants s'engagent dans la voie de la violence, notamment dans le terrorisme. Dans le cadre national, l'action politique est désormais dénuée de sens.

La société ne devrait pas avoir d'autre objectif que d'assurer la pleine réalisation du potentiel que représente chacun de ses membres.

L'idéal social n'existe pas, il n'est qu'une ligne d'horizon  qui change peu à peu à mesure que l'on avance vers elle.

Le progrès véritable n'est pas dans la connaissance et dans la maîtrise des techniques. Il est politique.  Il est dans l'aptitude des hommes à se gouverner, individuellement et collectivement, en mettant leurs connaissances et les techniques au service de cet art de vivre ensemble.