Emploi, retraites
Sommaire de cette rubrique
- Paradoxalement, malgré la croissance du chômage, la société française continue à créer des emplois.
- 35 heures
- travail à temps partiel : Dans certains pays, pour combattre le chômage, les gouvernements encouragent le travail à temps partiel. Mais il s’agit souvent de temps partiel contraint, et non pas choisi.
- Comment les jeunes s’insèrent –ils dans la vie active, en France ?
- Femmes
- Que se passera-t-il avec la fin des énergies fossiles ?
- Et à Montrouge, quelle est la situation de l’emploi ?
- Les retraites. une incroyable campagne d’intoxication a été menée pour faire accepter à l’opinion publique un recul social majeur aux conséquences considérables pour les générations présentes et à venir
Alternatives économiques, numéro hors série sur « la
croissance », 3ème trimestre 2002
Le secteur privé a créé en 2002 130 000 emplois supplémentaires, croissance due presque exclusivement aux services. Néanmoins le nombre de chômeurs s’est accru de 100 000 en 2002.
Les 35 heures
La loi Fillon, adoptée le 19 décembre 2002 pour « assouplir les 35 heures » (notamment en augmentant le quota des heures supplémentaires), incite les partenaires sociaux à reprendre les négociations. Mais les Branches professionnelles et les entreprises passées aux 35 heures restent très prudentes. Le passage aux 35 heures est en effet passé dans les faits : la durée moyenne de travail des salariés à temps complet dans les entreprises de dix salariés et plus est passée de près de 39 heures au troisième trimestre 1998 à 35, 66 heures au troisième trimestre 2002. Rares ont en effet les salariés qui effectuent un quota élevé d’heures supplémentaires.
Aux Pays-Bas, 40 % de la population active travaille à temps partiel. Dans les trois quarts des fois, il s’agit de femmes (chez les femmes les moins qualifiées, 80% travaillent à temps partiel, contre seulement 50% chez les diplômées). Pourtant, les hommes aussi voudraient bien se mettre au temps partiel. « Un salarié sur trois, et même un cadre sur cinq, désire travailler moins mais n’entreprend aucune démarche en ce sens, de peur de compromettre sa carrière. Le temps partiel est tabou car il est associé à un manque de motivation », remarque la sociologue Hilde Veraart-Maas. Sur le papier, le temps partiel est devenu un droit, mais il reste synonyme d’emploi précaire, de faibles revenus, de carrière bouchée et d’inégalité sociale. (source : 25/09/02, la Tribune)
8%
des Italiens travaillent à mi-temps, contre une moyenne européenne de 18%. Le
gouvernement Berlusconi veut créer un million de nouveaux emplois en incitant
les patrons à pratiquer le mi-temps. Les Verts et les communistes s’y opposent
, car ils craignent des dérapages.
Le
gouvernement espagnol compte lui aussi sur le temps partiel pour réduire le
chômage, qui reste le plus élevé de l’Union européenne (11,1% de la population
active). Le taux d’activité des femmes est de 42 %, le chômage atteint 16% de
la population active féminine : funeste héritage d’un franquisme pour
lequel la place des femmes était au foyer. En 2001, 19 % des nouveaux contrats
de travail étaient à temps partiel.
Il
faut noter que l’approche française était beaucoup plus satisfaisante, avec la réduction
du temps de travail pour tous. Et que malheureusement, la politique menée
depuis le changement de gouvernement va à l’encontre de cette politique, créant
deux catégories de travailleurs, les huit millions de salariés qui bénéficient des 35 heures, et les 7
millions de travailleurs, appartenant essentiellement à des PME, qui, n’étant
pas encore passés aux 35 heures, ne connaîtront pas de sitôt cette réduction du
temps de travail.
Situation au printemps 2001 des jeunes sortis du système
éducatif en 1998
55%
accède immédiatement et durablement à l'emploi
24
% accède durablement à l'emploi après une période de chômage ou après le
service national
17%
ont des parcours marqués par le chômage ou l'inactivité
4 %
reprend des études ou se forme hors emploi.
Les
titulaires de BTS s'insèrent vite et plutôt bien sur le marché du travail: plus
des 3/4 d'entre eux trouvent des emplois classiques, pour moitié à durée
indéterminée; à l'autre bout de la chaîne, les jeunes sans diplômes sont, pour
un gros tiers seulement, en emploi classique (le plus souvent en CDD ou
interim), un autre gros tiers est au chômage et les autres se répartissent à
peu près à égalité entre les emplois aidés, les stages et l'inactivité.
Conclusion
: le diplôme -surtout s'il s'agit au moins du bac- est une clé d'entrée utile,
parfois indispensable, pour réduire la précarité et accéder au marché du
travail par la bonne porte.
(Alternatives
économiques décembre 2002)
Christian
Jacob, ministre délégué à la famille, a présenté le 29 avril ses mesures pour
inciter les femmes à rester à la maison : allocation de cessation d’activité de 340 euros par mois
au parent d’un premier enfant qui arrête son activité professionnelle. Cette
allocation était jusqu’alors réservée aux parents (la mère dans 99 % des cas)
d’un 2ème enfant. Il s’agit d’un salaire maternel déguisé. Cette
mesure risque d’encourager les employeurs à recruter en priorité des hommes, ou
à leur confier des responsabilités, au détriment des femmes, toujours
soupçonnées d es e désinvestir professionnellement au profit de leur famille (texte de MIX-Cité ,
association féministe, dans Le monde 21/9/2003).
Selon
Silence (février 2002), la perte de l’énergie fossile entraînera un accroissement important de
la masse de travail pour les pays occidentaux, et ceci même en intégrant une
diminution considérable de la consommation. Non seulement nous ne disposerions
plus de l’énergie fossile, mais en plus la main d’œuvre peu chère des pays du
tiers-monde ne serait plus disponible, nous aurions alors recours à notre
énergie musculaire.
Il y a 27 000 actifs à Montrouge, et seulement 13 % d’entre eux y résident.
Source :
interview de M. Metton, Maire de Montrouge, dans
« Bouticoeurs », revue de l’Association des Commerçants de Montrouge,
décembre 2002
Fondamentalement, le battage fait aujourd’hui sur la menace qui pèserait sur les retraites traduit une tentative du capital d’augmenter encore sa part de la valeur ajoutée par rapport aux salaires. La tactique du capital consiste à essayer de créer des divisions entre actifs et retraités, et entre secteur public et secteur privé. Même si, inévitablement, en raison du vieillissement de la population (qui est lui même l’heureuse conséquence des progrès de la médecine, qui fait que les hommes vivent plus longtemps, et plus longtemps en bonne santé), le rapport entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités va diminuer, la question des retraites se ramène toujours, pour une année donnée, au partage des richesses produites entre capital, actifs et retraités (il faudrait d’ailleurs élargir le débat aux autres non-actifs : enfants ou adolescents en formation, chômeurs, malades, …). Et, année après année, on dispose de robinets qui permettent d’ajuster cette répartition. Il n’y a donc pas lieu d’affoler les populations. En 2040, il y aura encore des richesses produites…, et ce sont ces richesses là qui seront partagées, pas des richesses que chacun aurait stockées année après année en prévision de la retraite.
Au passage, il est frappant de voir que dans cette affaire, les pouvoirs publics n’hésitent pas à faire des projections à 40 ans (alors qu’en particulier, il est impossible de prévoir les gains de productivité qui auront été réalisés à ce moment là), alors que dans le domaine des ressources en énergie, nous nous trouvons devant des contraintes incontournables (l’épuisement des ressources fossiles), et que PERSONNE ne s’en préoccupe !…
Quelques remarques à propos du débat actuel :
- entre aujourd’hui et 2040, la richesse produite dans notre pays devrait doubler, passant de 9 500 milliards à 19 000 milliards (selon le Conseil d’Orientation des Retraites)
- au cours des 20 dernières années, le partage de la valeur ajoutée des entreprises entre profits et salaires a augmenté de huit pour cent pour les premiers, au détriment des seconds
- les modalités du départ à la retraite doivent être considérées comme faisant partie des modalités de la réduction du temps de travail. L’automatisation, qui avec l’internet s’étend à de nouveaux domaines, conduit à produire toujours plus de biens et de services avec toujours moins d’heures de travail. Si l’on ne poursuit pas la réduction du temps de travail, inévitablement, la conséquence en sera un chômage accru. Au passage, il ne sert à rien de préconiser de retarder l’âge du départ à la retraite (comme le fait le MEDEF, mais aussi, hélas, l’Union européenne) si les travailleurs âgés ne trouvent plus de travail, comme chacun peut l’observer aujourd’hui en France.
- Le gouvernement dénonce une certaine inéquité entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé, les premiers devant cotiser 37,5 années et les seconds 40 années, pour bénéficier d’une retraite complète. Mais nous n’avons pas oublié que cette inéquité a été introduite par… M. Balladur en 1993. En outre, la retraite n’est qu’un des éléments du salaire, et pour une juste comparaison, il faudrait prendre en compte tous les éléments.
- Ne serait-il pas équitable de prendre en compte les années d’étude qualifiante au delà de 18 ans dans le calcul des annuités ouvrant droit à la retraite ?
Parmi les enseignants (profession très féminisée, où l’entrée dans la vie active est tardive – 26 ans -), beaucoup partent dès qu’ils ont atteint l’âge légal, 55 ans pour les instituteurs, 60 pour les autres ; plus de la moitié d’entre eux quittent la vie active sans avoir obtenu les 37, 5 années de cotisation.
Le financement des retraites est possible, en étendant l’assiette du calcul des cotisations (en tenant compte des bénéfices distribués et des profits financiers), et en augmentant les cotisations, comme le suggère ATTAC.
Ceci est parfaitement possible, comme le montre Jean-Paul Piriou, économiste, maître de conférence à l’université Paris I- Panthéon-Sorbonne ( Le Monde, 9 mai 2003) :
« Patronat et gouvernement proclament qu’il serait inimaginable et intolérable de consacrer aux retraites en 2040 les 6 points de PIB supplémentaires [nécessaires pour les financer]. N’en doutons pas, la même approche purement idéologique les aurait évidemment conduits à déclarer en 1960 : « d’ici à 2000, des irresponsables veulent augmenter de plus de 7 points le poids des retraites dans le PIB. Cette hausse de plus de 130 % coulerait nos entreprise. » Et pourtant les retraites sont bien passées de 5,4% à 12,6 % du PIB en 40 ans. Ces 7 points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités, d’abaisser l’âge de la retraite de 5 années, alors que l’espérance de vie à 60 ans augmentait de 5,3 ans. Tout cela n’a pas empêché la part des profits dans la valeur ajoutée de devenir supérieure à partir des années 1990 à ce qu’elle était pendant les « trente glorieuses ».