Gauche
Mise
à jour le 4 novembre 2003
Dans cette page :
Mes adieux au PS
Le point de vue d’un psychanalyste
JP Chevènement (16/10/2003)
En décembre 1997, dans Le Monde Diplomatique, le directeur de la publication, Ignacio Ramonet, conclut son éditorial par ces mots : pourquoi ne pas créer, à l’échelle planétaire, l’organisation mondiale Action pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens –ATTAC.En liaison avec les syndicats et les associations à finalité culturelle, sociale ou écologique, elle pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en œuvre effective de cet impôt mondial de solidarité. »
Les événements vont ensuite s’enchaîner rapidement :
Juin 1998, Assemblée générale constitutive
1er décembre 1998, ATTAC compte 5000 adhérents
Fin décembre 1998, ATTAC lance sa pétition nationale pour la taxation des transactions financières, et notamment la taxe Tobin. Elle recueillera plus de 110 000 signatures qu’ATTAC remettra personnellement à Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée Nationale, à l’automne 1999.
Juin 1999 : le nombre d’adhérents franchit la barre des 10 000. Plus de 1 200 participants, venant de plus de 80 pays, participent aux Rencontres internationales de Paris: «La dictature des marchés ? Un autre monde est possible ».
Novembre 1999 : à l’occasion du grand rassemblement anti-OMC prévu à Seattle le 30 novembre, près de 80 manifestations unitaires sont organisées dans toute la France le 27 novembre, le plus souvent à l’initiative des comités ATTAC. Elles rassemblent quelque 70 000 personnes, dont 20 000 à Paris.
Février 2000 : ATTAC franchit la barre des 20 000 adhérents.
Juin 2000 : 100 000 personnes participent à Millau à un grand rassemblement de soutien aux producteurs de roquefort du Larzac, à l’initiative de la Confédération paysanne. ATTAC est partie prenante.
Décembre 2000 : à Nice, contre-sommet à l’occasion de la réunion du Conseil européen qui va adopter un nouveau traité prolongeant celui d’Amsterdam ; première réunion de la Conférence nationale des comités locaux.
Janvier 2001 : à Porto Alegre, au Brésil, se tient le premier Forum social mondial, le même ,jour que le Forum économique mondial (réunion des puissants de ce monde) à Davos (Suisse). 13 000 participants, mot d’ordre : « un autre monde est possible ». Porto Alegre devient un symbole planétaire de la résistance à la mondialisation libérale et un espace d’élaboration d’alternatives à lui opposer.
Juin 2001 : journée d’action contre les paradis fiscaux de Jersey et d’Andorre. Manifestation de solidarité avec les travailleurs de LU. Contre-sommet des mouvements citoyens européens organisé à Göteborg, en Suède, à l’occasion du Conseil européen.
Juillet 2001 : ATTAC est très présente au contre-sommet de Gènes organisé pour protester contre la tenue de la réunion du G8. Manifestation géante de 200 000 personnes.
Décembre 2001 : ATTAC compte 28 000 adhérents et 230 comités locaux. Sommet alternatif au Conseil européen de Bruxelles-Laeken.
Février 2002 : Deuxième édition du forum social mondial à Porto Alegre. 13 000 délégués, 60 000 participants. Plus grand rassemblement mondial depuis le 11 septembre.
Mars 2002 : Contre-sommet alternatif au Conseil européen de Barcelone. 400 000 participants à la manifestation « contre l’Europe du Capital ».
Novembre 2002 : plus de 50 000 participants au premier Forum social européen à Florence. Manifestation géante (selon les estimations, entre 500 000 et un million de personnes) et pacifique.
Août 2003 : plus de 300 000 personnes au plateau du Larzac
Novembre 2003 : forum social européen à Saint-Denis, pour « une autre europe, un autre monde ».
A
Montrouge, un groupe local ATTAC a été constitué à la fin 2001. Les
dernières réunions publiques ont porté sur les thèmes suivants « non à la
guerre avec l’Irak » , et « après Florence, Saint Denis »; la
fin du pétrole ; les transports, l’Accord Général sur le Commerce des
Services, les retraites, la démocratie participative. Et le 14 octobre 2003,
avec diverses associations de Montrouge, « solidarités dans notre
ville », le 19 novembre 2003 : réunion débat sur « la
sécurité sociale », le 17 décembre 2003, réunion sur le développement
durable…etc
Les sites internet d’ATTAC et d’ATTAC 92 sont les suivants :
http://local.attac.org/attac92
Le responsable de ce site a fait au premier trimestre 2003 ses
adieux au PS.
J'ai adhéré au PSU en 1967, au PS en 1973, et je viens vous faire mes adieux au PS.
Je ne crois plus que ce parti puisse conduire aux
transformations nécessaires.
Il est trop imbibé de l'idéologie libérale, il est devenu un club d'élus
embourgeoisés, incapable de traduire en propositions les exigences légitimes de
la population, dont il s'est coupé, en particulier des milieux populaires.
Après de longues années désespérantes (souvenons nous de la fin du deuxième
septennat de François Mitterrand, où des escrocs tels que Bernard Tapie étaient
portés aux nues), Lionel Jospin avait redonné, grâces lui en soient
rendues, un certain crédit au volontarisme politique, avec les 35 heures, et
les emplois jeunes.
Mais ce volontarisme trouvait une limite : "non à une
économie administrée".
Aux travailleurs mis à la rue après avoir travaillé trente ans ou plus chez un
employeur, aux victimes de ce qu'on appelle les "plans sociaux"
(a-t-on au passage réfléchi à ce que cette expression signifie exactement le
contraire de ce qu'elle semble vouloir dire ? Nous parlons déjà la
"novlangue" imaginée par Orwell dans "1984" !), nous
n'avons pas de réponse. Ou de pauvres réponses tendant à culpabiliser le
travailleur : chacun doit veiller à entretenir son "employabilité"
(!); on peut être aidé à créer son emploi (selon le modèle du génial surfeur
sur Internet, détectant un filon mirifique, et devenant milliardaire)...
Réponses qui ne s'adressent d'ailleurs qu'à des travailleurs suffisamment
diplômés. Et les autres ? Sait-on encore, au PS, qu'il en existe par
millions ?
Ce parti aura contribué à affaiblir ses propres
bastions, du service public et du secteur public. Bastions sur lesquels
s'appuyaient l'ensemble des autres travailleurs. Y a-t-il eu un seul mot
d'autocritique, au PS, au sujet de la privatisation catastrophique de
France Télécom, pour ne prendre qu'un exemple ? Le précédent gouvernement aura
privatisé plus que tout autre.
La course au centre, lors de l'élection présidentielle (où la campagne menée
aura été une campagne de deuxième tour): diminution des impôts (quelle
stupidité, quelle absence de vision prospective !), discours sécuritaire, aura
achevé d'estomper dans l'esprit du public la différence entre la droite et la
gauche. Comme ni l'une ni l'autre n'apportaient de solution crédible aux
questions que se pose l'immense majorité de nos concitoyens (que va devenir mon
emploi actuel ? mes enfants trouveront-ils leur place sur le marché du travail
?), les électeurs auront choisi qui l'abstention, qui l'extrême-droite, qui
l'extrême-gauche...
Aucune analyse de fond sur les causes profondes du chômage : le progrès technique permettant de fournir les biens et les services dont nous avons besoin avec beaucoup moins de "travail" que par le passé; la volonté du patronat (très influent comme on sait dans l'actuel gouvernement) de s'opposer de toutes ses forces à la réduction du temps de travail, de façon que le travail continue d'apparaître comme un bien rare, un "cadeau" que les employeurs font aux salariés, et de façon que le rapport de force reste très favorable au patronat, maître du jeu, poussant à la précarisation des emplois, et au maintien du partage léonin de la valeur ajoutée en sa faveur. J'ai pour ma part tenté de montrer ce ressort profond du chômage dans mon ouvrage "Future" ou "no future" ?, Les éditions du Panthéon, 2001.
Je salue les efforts de "Nouveau Monde", qui a je
crois bien perçu les enjeux, qui cherche à faire émerger de nouveaux
rassemblements. Mais je crains qu'ils ne suffisent pas face à l'inertie de la
masse du PS, qui, stupidement, croit qu'il lui suffit d'attendre que la
population se détourne de Raffarin (ce qui au reste, ne saurait tarder), et qui
rêve , la constitution étant ce qu'elle est, que Fabius soit élu à
la prochaine élection présidentielle.
C'est ne pas voir à quel point le désespoir de la population risque
d'entraîner, d'ici là, à des aventures imprévisibles.
Heureusement, une force politique est en train d'émerger, en
France et dans le monde, prenant en compte des réalités essentielles telles que
le déséquilibre Nord-Sud, l'épuisement des ressources naturelles, la nécessité
impérieuse d'un autre mode de développement (qu'on l'appelle le
développement durable, ou, plus justement sans doute, la décroissance
soutenable), le développement des services publics, avec une volonté de
cohérence entre le "penser global" et l' " agir local".
Cette force, c'est le mouvement ATTAC.
J'ai commencé à m'investir dans ce mouvement, et j'espère contribuer, avec lui,
à renouveler la pensée et l'action politique, d'une façon qui corresponde
pleinement aux besoins de la population.
Quelques réactions à ces adieux :
-
ne faut-il pas rester dans le bastion pour mieux
combattre ?
-
plus nous serions au PS de ta sensibilité, plus ça
aiderait à faire avancer de réelles positions de gauche
-
beaucoup sont sur la même longueur d’onde que toi,
je voudrais te proposer d’améliorer la contribution (…) Hollande
-
le passage des socialistes au pouvoir avec Lionel me
semble une période féconde (…) La reconquête sera difficile, surtout si chacun
se réfugie dans une chapelle où il vénérera des idéaux si purs et si irréels
qu’il se condamnera à ne jamais rien entreprendre
-
je tiens à saluer ton geste que je ne trouve ni
triste, ni désespéré, mais au contraire encourageant : il montre que le PS
n’a pas réussi à « casser » tous ses militants sin,cères qui, en tant
que tels, n’ont donc plus rien à y faire.(….) Je ne suis plus membre du PS
depuis 1994. En rendant ma carte, j’avais alors écrit aux apparatchiks du 10,
rue de Solférino : « il me semblait depuis quelque temps que la
transformation sociale se ferait sans vous, j’ai désormais acquis la conviction
qu’elle ne pourra se faire que contre vous ». Rien à retrancher à cela.
(…) Je suis moi-même membre, depuis peu, du Conseil scientifique d’ATTAC .
Sois le bienvenu là où, à mon sens, se prépare le retour de l’histoire ;
nous n’avions que trop perdu de temps à pisser dans des violons et à tenter de
dérider le désert.
-
Ce qui rassure, c’est que tu ne perds pas ton
énergie puisque tu te consacres à un autre mode d’action indispensable à
l’évolution de la société puisqu’il constitue le creuset d’où sortiront les
idées qui feront que la société sera plus viable car plus solidaire.
-
Alors comme ça on abandonne le poste avant
l’assaut ? Ce n’est vraiment pas le moment de démissionner du PS, un mois
avant le congrès
-
Je garderai pour ma part un très bon souvenir de
toi. J’ai particulièrement apprécié ton comportement fraternel, ta capacité
d’écoute et la qualité de tes interventions.
-
J’ai beaucoup apprécié ton humanisme et ton
engagement au service des autres. Le plus important est que tu puisses
poursuivre cet engagement au sein d’un mouvement social, là où tu pourras
partager les mêmes valeurs et où tu pourras agir (…)
-
Je sais que nous nous retrouverons dans les combats
qui s’engagent. Tu vas nous manquer.
-
Tes adieux au PS ne sont que des bonjours à d’autres
formes de la grande lutte et nous serons toujours à tes côtés, du même côté.
-
Je garde le souvenir de la pertinence de tes
interventions, de ton respect et de ton soutien fraternel.
Aucune chance pour la gauche de rebondir, tant qu'une troisième gauche de gouvernement, après Blum-Mollet et Mitterrand-Jospin, n'aura pas été repensée. Le premier préjugé dont elle devra s'alléger est de croire qu'il y a l' Homme-de-gauche.
Il y eut jadis l' Homme-de-gauche. Il se distinguait par sa mémoire d'éléphant. François Mitterrand, quand il était candidat, savait faire défiler en accéléré, comme dans un clip, la grande geste de la gauche: 1789, 1848, 1936, les congés payés, Le temps des cerises, les enfants dans les mines, Napoléon-le-Petit et le petit père combes. Hugo et Gambetta. Jaurès et Clemenceau. La Résistance. Les mineurs, les cheminots, les canuts. De ce pot-pourri d'images et de symboles, l'habile Charentais fit une compression à la Cesar. Elle lui servit de marchepied vers le pouvoir. Ce fut le triomphe de l'Homme-de-gauche, et sa fin à la fois.
L 'Homme-de-gauche pressentait que l'abondance serait sa perte. Il se réconcilia peu à peu avec la société de consommation.
La mémoire n'est plus ce qu'elle était, elle ne fait plus autorité, elle concourt pour une moindre part à la formation des identités sociales; elle est désormais surclassée partout par l'innovation accélérée, l'obsolescence programmée.
La décomposition de la gauche est commencée. En 1965 comme en 1981, elle était au singulier. Sous Jospin, elle se résigna à accueillir le pluriel. Elle devra se faire à l'idée qu'elle est désormais éclatée, dispersée, intotalisable.
Vestige d'une glorieuse conquête électorale du pouvoir, le PS voit tous les jours avec stupéfaction son discrédit croître dans l'opinion.
L'hybridation généralisée de la gauche veut dire que celle-ci n'a plus des frontières assignables a priori. Tous les espoirs lui sont donc permis . On a bien vu au Brésil le second tour de l'élection présidentielle être disputé entre deux candidats de gauche.
Le Monde 4 décembre 2002
d’Alternatives
Economiques
"A la différence d'un Mitterrand qui n'hésitait pas à tenir des discours enflammés sur les forces du travail et le mur de l'argent et menait ensuite une politique libérale, Jospin a conduit une politique bien plus à gauche, tout en demeurant habité par la culpabilité de l'ex-révolutionnaire qui découvre qu'il ne changera pas le monde. C'est peut-être la raison de son échec du 21 avril. C'est pourquoi nous lui conservons de l'estime" Philippe Frémeaux
Extraits d’une Tribune de Pierre Zarka intitulée : « PCF : non au rafistolage »
« La création de la sécurité sociale serait jugée aujourd’hui impensable. »
« il vaut mieux explorer ce que peut libérer comme potentiel politique tout mouvement contre les dominations, chercher ce qui permet à chacun d’acquérir du pouvoir sur sa vie ».
« Les dominés vont-ils garder d’eux-mêmes une image de vulnérabilité qui mutile leurs exigences ou vont-ils se vivre comme indispensables à toute la société ? »
« Disputer le terrain de l’efficacité au capitalisme peut conduire à la recherche d’une autre organisation de la société et à revendiquer la capacité à maîtriser les affaires de cette société sans s ‘en remettre ni aux possédants ni aux experts. » (Le monde 4/4/2003)
JP Chevènement :
« la gauche française et européenne, pour redonner un sens à son action, doit d’abord faire une analyse rigoureuse de la mondialisation qu’elle critique en parole mais dont elle s’accommode dans les faits ». « Les coûts de la mondialisation pèsent essentiellement en Europe sur les travailleurs de l’industrie, affrontés aux licenciements et à des reclassements de plus en plus difficiles. On comprend que la classe ouvrière se détourne de ceux qui ne la défendent pas (ou plus) pour se jeter dans les bras des démagogues d’extrême-droite. » « L’objectif principal devrait être la réforme des institutions internationales (Banque Mondiale et FMI) de façon à orienter vers les pays du Sud une épargne mondiale aujourd’hui captée à 80 % par les Etats-Unis. La priorité est évidemment de doter ces pays d’infrastructures et d’équipements permettant de répondre aux besoins essentiels (eau potable, agriculture, logements, écoles, hôpitaux, routes, chemins de fer, ports et aéroports, etc.). Cette relance massive, financée par des droits de tirage spéciaux, créerait un cercle vertueux dont profiteraient tous les pays du monde, non seulement au Sud , mais aussi au Nord. (Le Monde 16/10/2003)