La démence sénile du capital
Jean-Marie Harribey
(Mars 2002)
(Jean-Paul Allétru,
Décembre 2003)
Ce livre s’adresse notamment à « mes amis
d’ATTAC qui ont grandement contribué à réhabiliter la politique ».
L’humanité est engagée dans une course folle :
celle de l’accumulation du capital qui n’a d’autre finalité qu’elle-même et qui
broie tout sur son passage. Rien n’y résiste. L’emploi est soumis aux pressions
des actionnaires pour que les dividendes soient les plus élevés possibles et
que les cours boursiers ne connaissent que la hausse. Depuis les années 1980,
les salaires au sein des pays développés évoluent presque toujours à un rythme
inférieur à celui de la productivité du travail. Malgré un considérable
accroissement de la richesse produite dans le monde, la pauvreté ne régresse
pas et les inégalités explosent. Les pays du tiers-monde ont vu leur dette
extérieure multipliée par 50 en l’espace de trois décennies pour atteindre
aujourd’hui 2 500 milliards de dollars. La libéralisation de l’économie
s’apprête à faire du monde un gigantesque marché où les producteurs utilisant
des moyens rudimentaires seront mis en concurrence avec des entreprises
hyperproductives, et où les activités publiques comme l’éducation et la santé
que les luttes sociales avaient permis de contrôler collectivement seront
concédées au secteur privé si l’AGCS (accord général sur le commerce des
services) concocté par l’OMC (Organisation mondiale du commerce) est adopté.
Le capitalisme est en passe de réaliser son rêve le
plus dément : transformer totalement les rapports de propriété sur la
planète, de telle sorte que la moindre activité humaine présente et à venir, la
moindre ressource matérielle ou intellectuelle, soient des marchandises,
c’est-à-dire des occasions de profit.
Ce livre vise à proposer un décryptage théorique des
dégâts sociaux et écologiques provoqués par l’accumulation capitaliste.
Les « lois économiques » ne sont pas
naturelles, elles sont sociales, produit d’une histoire et des rapports de
forces entre les classes sociales. Ce fut le mérite de Karl Marx de le montrer
au milieu du XIXème siècle.
Le capitalisme est un système fondé sur un rapport social particulier : celui qui
unit contradictoirement la classe bourgeoise détentrice des moyens de production
et la classe prolétaire qui n’a que sa force de travail à louer. Ce rapport
social naissant à l’époque de Marx tend à devenir dominant dans le monde. Il
présente la singularité de permettre aux propriétaires du capital d’utiliser la
force de travail salariée et de lui faire créer une valeur supérieure à ce
qu’elle lui coûte, la différence constituant une plus-value qui vient grossir
le capital une fois la marchandise vendue.
La valeur après laquelle courent les capitalistes
rencontre une série de difficultés qui sont autant de contradictions du
système :
-
la
concurrence à laquelle se livrent les capitalistes entre eux les pousse à
mettre au rancart des équipements avant qu’ils soient usés physiquement, et
avant que leurs propriétaires en aient parfois récupéré la valeur : le
capital est ainsi dévalorisé ;
-
la
force de travail, étant seule à produire de la valeur nouvelle, engendre une
plus-value à un rythme inférieur à
celui de l’accumulation ( ? note JPA). La rentabilité du capital s’émousse donc, ce qui
amène les capitalistes à renforcer l’exploitation, soit par une progression des
salaires inférieure à celle de la productivité du travail, soit par une
intensification du travail, soit encore par la recherche de nouveaux
prolétaires dans l’immense réserve du tiers-monde.
-
sur
les rapports de forces entre travail et capital se greffent d’autres rapports
conflictuels entre les diverses branches du capital. Le capital financier est
en mesure d’imposer aux branches du capital engagées directement dans la production
une répartition à son avantage de la
valeur créée. A charge pour le capital subordonné, fait d’entreprises
contrôlées, de sous-traitants et de receveurs d’ordres, de se tirer d’affaire
en se retournant contre ses salariés par la précarisation des conditions
d’emploi ou le viol du code du travail.
(en dépit de ces
contradictions, le capital fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation,
note JPA).
Toutes les études confirment une baisse du taux de profit (mesuré dans le rapport profit/capital) dans tous les pays capitalistes à partir de 1965 jusqu’à la fin de la décennie 1970, une remontée dès 1980 et de nouveau une baisse dans la deuxième moitié de la décennie 1990.
Le début de la décennie 1970
marque un tournant décisif dans l’histoire du capitalisme contemporain. Alors
que s’achèvent la phase de gains de productivité élevés dans les pays
développés et l’ère du colonialisme primitif vis-à-vis du tiers-monde,
l’érosion des taux de rentabilité du capital ouvre une crise structurelle
profonde du capitalisme que celui-ci ne réussit à surmonter qu’en brisant
brutalement l’équilibre social tant bien que mal maintenu au sein des pays
développés de 1950 à 1970 et en intégrant de force les pays émergents ou non
dans une nouvelle division internationale du travail. La libéralisation des
marchés financiers, la suppression des barrières douanières, les
privatisations, la délégitimation de l’intervention publique par la
confiscation des instruments de politique budgétaire et monétaire,
l’indépendance des banques centrales pour garantir une politique
anti-inflationniste, l’austérité et les plans d’ajustement structurels sont
autant d’éléments qui concourent à modifier les rapports de force dans le
monde.
La mondialisation actuelle n’est rien d’autre que le nouveau visage de
l’impérialisme : une réorganisation planétaire des processus productifs de
la valeur et des processus de distribution de celle-ci pour sortir de la crise
structurelle, les lieux et les secteurs où est produite la valeur et ceux dans
lesquels et par lesquels elle est accaparée étant de plus en plus disjoints.
La « science
économique » qui domine dans le monde universitaire et dans les milieux
politiques repose sur des hypothèses totalement déconnectées du réel : un
monde où la concurrence parfaite règnerait, un monde où tous les acteurs
seraient sur un pied d’égalité, un monde où les prix se fixeraient librement de
sorte que l’équilibre entre l’offre et la demande soit réalisé automatiquement
sur le marché des biens et des services, et aussi sur le marché du travail.
Dans ce monde imaginaire, les conflits d’intérêt entre groupes sociaux et les
oppositions entre nations sont ignorés.
Il semble que les moyens
techniques existent pour nourrir convenablement tous les habitants de la
planète. L’homme peut envisager de ne pas passer uniquement sa vie au travail
(ou au chômage). Après deux siècles de développement profondément inégalitaire
et dévastateur, il est possible de concevoir que le partage du travail, du
savoir et des richesses puisse fonder un nouveau type de progrès.
La richesse ne se réduit pas
à la valeur (monétaire) : les services rendus bénévolement, l’air
pur, par exemple, sont utiles (ont une
valeur d’usage), c’est-à-dire concourent à la vraie richesse.
En outre, une partie de la « valeur
marchande », comptée dans le PIB (produit intérieur brut), est constituée
de nuisances appelées « externalités négatives » (pollution, maladie,
…) qui ne sont pas de la richesse.
Le travail est le seul
facteur susceptible de donner de la valeur monétaire, mais il y a du travail qui
aboutit à des valeurs d’usage sans valeur d’échange, et, en plus, il y a des
richesses (non économiques) qui échappent au champ du travail.
Le dépassement du salariat
ne peut provenir de la marchandisation croissante du monde mais au contraire de
la préservation et de l’extension de la sphère non monétaire.
Au passage, JM Harribey dénonce le « pronostic erroné sur la fin du travail » de l’économiste américain Jeremy Rifkin.
(pour ma part, j’ai surtout lu dans l’ouvrage de Jeremy Rifkin le constat incontestable des immenses gains de productivité que permettent l’automatisation et les nouvelles technologies de traitement de l’information ; et je concluais sur ce point : « la « fin du travail », au sens de « fin du salariat », n’est pas en vue, ni d’ailleurs souhaitable, aujourd’hui. Mais les puissants ont intérêt à nier la tendance de fond à la diminution de la quantité de travail nécessaire pour satisfaire aux besoins de la société ». – « Future » ou « no future » ? 2001, Les éditions du Panthéon)
La thèse exprimée par
Smith, Ricardo et Marx selon laquelle la valeur d’échange des marchandises qui
trouvent acquéreurs est déterminée par la quantité de travail nécessaire à leur
production est-elle encore pertinente à notre époque où le travail
diminue ? Elle ne l’a jamais autant été. Tous les prix des biens
industriels ou des services dont la vocation est d’être produits dans des
conditions similaires à celles de l’industrie ont tendance à long terme à
diminuer. Il n’y a aucune exception : produits alimentaires, habillement,
appareils ménagers, électronique, ordinateurs, logiciels, moyens de transport,
services de transports, etc. Pourquoi
cette tendance irréversible ? Parce que la productivité du travail
augmente grâce à un meilleur savoir-faire, des équipements plus performants et
une organisation du travail rationalisée. Dire que la productivité du
travail augmente est synonyme de la baisse de la valeur des marchandises sur le
moyen et le long terme.
(note JPA : il serait sans doute plus exact d’écrire que la
seconde est la conséquence de la première ; et ceci ne prend pas en compte l’épuisement des ressources :
le caviar, la truffe, deviennent de plus en plus rares, et donc de plus en plus
cher… comme bientôt le pétrole).
Si le chômage augmente,
c’est que les progrès de la productivité du travail ne sont pas utilisés pour
suffisamment diminuer le temps de travail de tous de telle sorte que toute la
population désirant travailler trouve un emploi. Les gains de productivité sont
principalement utilisés pour faire grimper les profits en comprimant les coûts
salariaux.
Même si l’épanouissement
des individus et leur identité passent par autre chose que le travail,
celui-ci reste l’un des moyens
essentiels pour s’insérer dans la société.
Depuis vingt ans s’est progressivement imposée l’idée selon laquelle l’implication de l’Etat et des collectivités publiques dans l’économie aurait atteint un niveau trop élevé, au point de faire franchir aux « prélèvements obligatoires » un seuil insupportable.
En réalité, les dépenses publiques d’éducation, de santé, d’infrastructure que finance la collectivité créent des richesses utiles pour le présent et pour l’avenir, qui engendrent des effets positifs même sur l’activité privée. Si les « élites » cherchent à remettre en cause l’Etat-providence, c’est parce que celui-ci modifie la répartition des revenus dans un sens légèrement favorable aux couches sociales défavorisées : sans sécurité sociale, celles-ci auraient moins accès aux soins, et sans école publique leurs enfants ne recevraient que très peu d’instruction. Bref, c’est la lutte des classes !...
Ce qui, dans le langage de la finance moderne, est appelé « création de valeur pour l’actionnaire » ne représente que de la valeur captée par les entreprises à caractère financier sur le reste de l’économie. Alcatel et Philips veulent vendre leurs usines à des entreprises capitalistes chinoises ou singapouriennes dont au besoin elles rachèteront plus tard en Bourse une partie des actifs financiers. Directement si elles possèdent des actions, ou indirectement si elles imposent à leurs sous-traitants des prix avantageux pour elles, Alcatel et Philips, comme toute firme à caractère financier, capteront la valeur produite par des salariés dont elle sauront réussi à se débarrasser.
A l’aube du XXIème siècle, le capitalisme a
devant lui un espace très grand car il y a encore plusieurs milliards d’êtres
humains non prolétarisés qu’il garde en attente dans les immenses campagnes
asiatiques ou africaines.
Une entreprise sans usine ne
peut être qu’un objectif minoritaire. Transposé à l’échelle de la planète, il
signifierait (…) une fracture mondiale irrémédiable entre quelques
privilégiés et des foules en quasi-esclavage : une économie inhumaine.
(pour ma part,
j’écrivais : « le travail va continuer à se rétrécir. Les entreprises
vont continuer à amasser des profits de plus en plus colossaux, et à détenir un
pouvoir de plus en plus considérable sur notre vie à tous : l’emploi,
l’environnement, la consommation… Une petite partie de la population, la
« noblesse » des temps modernes (de plus en plus concentrée, de plus
en plus héréditaire) détiendra le pouvoir économique : ce sont les
principaux actionnaires, les membres des conseils d’administration, les dirigeants
des grandes entreprises et leurs plus proches collaborateurs. Une autre partie
de la population , dont le nombre ira diminuant, et avec en son sein de grandes disparités de situation, tirera
des revenus plus ou moins satisfaisant de son travail. Mais au fur et à mesure
que partiront à la retraite les actuels salariés à temps plein, il s’agira de
plus en plus d’un travail précaire, exigeant une grande mobilité fonctionnelle
et géographique, et des horaires adaptés aux besoins des entreprises. Et le reste
de la population, qui ne tardera pas à devenir la majorité, vivra d’aide
publique, n’ayant que le droit de consommer les biens et les services mis sur
le marché, dans la limite des ressources qui leur seront allouées.
« Future » ou « no future » ? op. cit.).
Si toute valeur produite est le fruit du travail et de lui seul comme l’ont enseigné Smith et Ricardo, le profit est un prélèvement sur cette valeur et le capitalisme n’a pas de justification théorique, en avait conclu Marx. Dès lors, le capital n’est que l’accumulation entre les mains de ses propriétaires de la plus-value extorquée aux travailleurs salariés. La théorie néo-classique, qui ne fait pas de distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange, exclut de ce fait du champ de l’analyse économique les conditions sociales de la production, c’est-à-dire les rapports sociaux.
La « productivité du capital » n’existe que dans l’imaginaire capitaliste. C’est le travail qui devient de plus en plus productif, sous l’effet du savoir de plus en plus grand et d’outils de plus en plus performants. Et c’est bien de la réappropriation collective de cette productivité dont il s’agit lorsqu’on réclame une forte réduction du temps de travail.
Pourquoi la théorie libérale
néo-classique, qui repose sur des hypothèses fausses et qui fourmille de
contradictions internes, est-elle dominante ? Parce que les idées dominantes sont toujours celles de la
classe dominante.
La notion de placement
éthique est absurde. Si le placement rapporte, si peu que ce soit, le profit
vient du travail de quelqu’un d’autre dans le monde. Si le placement ne
rapporte pas, ce n’est plus un placement.
Si le capitalisme est
critiquable, c’est parce qu’il fait travailler des êtres humains pour une
valeur inférieure à celle qu’ils créent, sans que ceux-ci aient une quelconque
maîtrise du surplus.
Le
prix des actions est une anticipation sur le profit à venir, c’est-à-dire sur
la plus-value future qui sera extorquée aux travailleurs. Si cette anticipation
paraît tout d’un coup infondée ou démesurée, la bourse craque.
La monnaie ne set pas
seulement à échanger les marchandises,
elle sert aussi de réserve de valeur. La boulimie d’avoirs s’explique par l’angoisse de la mort.
Posséder biens matériels et symboles qui y sont associés rassure en procurant
un ersatz d’éternité.
Le projet libéral est
d’enlever à la puissance publique le
pouvoir d’émettre de la monnaie et de confier ce soin à une banque centrale qui
n’a de compte à rendre qu’aux détenteurs
de capitaux soucieux de na pas voir leur rente érodée par l’inflation.
Les partisans du
libre-échange s’appuient sur une démonstration de l’économiste anglais Ricardo
en 1817 : chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions où
il est, relativement aux autres, plus productif, et ensuite à procéder à un
échange. Cette démonstration reposait sur une hypothèse qui était assez juste à
l’époque : le travail et le capital étaient immobiles. Mais aujourd’hui le
capital a toute liberté pour se déplacer et il ne s’en prive pas. Il peut donc
aller tirer parti de conditions salariales là où elles sont le plus
avantageuses et empêcher que les bénéfices de l’échange se répartissent entre
tous les participants. En particulier, les coûts de transports sont largement
sous-estimés par le marché qui ne prend pas en compte les nuisances du
transport ni l’épuisement des ressources énergétiques fossiles, et les coûts
sociaux méconnus sont reportés sur les populations les plus faibles.
L’autarcie n’est pas non
plus une solution. En définitive, la liberté de circulation pour les
marchandises et les capitaux doit être subordonnée à la liberté humaine et à la
mise en place de règles de coopération, et non pas de règles organisant la victoire des plus
forts sur les plus faibles.
Chaque fois qu’on veut aider
les pauvres en rendant plus facile la tâche des riches qui embauchent (impôt négatif hier, RMA
d’aujourd’hui, note JPA), on perpétue les causes de la pauvreté, et l’on aggrave la situation
future des pauvres puisqu’on lamine les règles du droit du travail et qu’on
transforme la protection sociale en palliatif des dégâts du capitalisme
libéral. Il n’y a qu’une manière d’aider véritablement les pauvres, c’est en
faisant respecter des normes de travail et de salaires décentes et en
permettant à tous d’y accéder, notamment en utilisant les gains de productivité
pour réduire le temps de travail de chacun.
Les théoriciens de
l’économie solidaire (associations, secteur coopératif), qui voudraient en
faire un tiers secteur, à côté du marché et de l’Etat, font fausse route.
Vouloir construire un îlot de solidarité au sein d’un océan de capitalisme
avide de profit, et pour cela exploiteur du travail humain, accapareur du
savoir et des ressource »s, destructeur des cultures, dévastateur de la
planète est une mystification. De nombreux besoins sociaux en logements,
éducation, santé, transports publics, services de proximité pour les personnes
âgées, protection de l’environnement, ne sont pas satisfaits. Ils peuvent
l’être, non pas en les abandonnant aux mains du marché ou à la charité
publique, mais en élargissant peu à peu le champ de la gratuité, contrôlé
démocratiquement par les collectivités publiques, de l’Etat jusqu’aux plus
petits niveaux associatifs. Il n’ y a pas besoin de la notion d’économie
solidaire conçue comme un secteur particulier de l’économie. Il faut en
revanche réaffirmer la légitimité de l’extension des services collectifs non
marchands.
Au début des années 1970,
les banques occidentales disposent de dollars accumulés depuis plusieurs
années, alors que la croissance des pays industrialisés s’essouffle. Elles
octroient donc des prêts aux pays du tiers monde, à des taux d’intérêt réel
très bas car l’inflation est forte et le prix des matières premières exportés
par les pays du tiers monde est élevé.
Mais pour enrayer la chute
du dollar, les Etats-Unis augmentent les taux d’intérêt, et les autres pays
industrialisés font de même. Le coût du crédit augmente, alors que les prix des
matières premières baissent. Le tiers-monde doit recourir à de nouveaux emprunts
pour rembourser les précédents. En 1982, le Mexique annonce qu’il ne peut
rembourser sa dette et payer ses intérêts. L’endettement des pays du
tiers-monde atteint 635 milliards
de dollars. Le mot d’ordre financier
international devient, non pas de sauver les pays endettés, mais de sauver de
la faillite les banques créancières.
Le FMI (fonds monétaire
international) et la BM (banque mondiale) vont conditionner l’octroi de
nouveaux crédits ou le rééchelonnement de la dette à l’adoption de Plans
d’Ajustement Structurel (PAS) qui deviendront rapidement des instruments
d’intégration et de sujétion des pays endettés au capitalisme mondial.
Les résultats des PAS sont désastreux. Partout les inégalités s’accroissent. Par exemple le taux de mortalité infantile a augmenté de 54 % au début de la décennie 1990. De 1990 à 1993, la Zambie a consacré 37 millions de dollars pour l’enseignement primaire et 1,3 milliard pour le service de sa dette (remboursement + intérêts).
La dette a continué à
croître : en une trentaine d’années elle est passée de 50 à 2 500
milliards de dollars. Alors qu’il suffirait de 80 milliards de dollars par an
pour assurer l’alimentation, l’eau, l’éducation, les soins de gynécologie et
d’obstétrique dans tous les pays pauvres.
Un plan de réduction de la
dette a été annoncé, mais sur les 100 milliards de dollars d’allègement
annoncés à !Cologne en 1999, seuls
2 ,5 milliards de dollars ont été effectivement accordés (texte de 2001).
La marchandisation du monde est un processus inhérent au capitalisme. Celui-ci s’est d’abord emparé des activités manufacturières et agricoles, et aujourd’hui il franchit une nouvelle étape en projetant de transformer en marchandises les services qui touchent aux aspects les plus qualitatifs de la vie en société : la distribution de l’eau, la santé, l’éducation, les retraites.
Si le prolétariat se définit
comme l’ensemble des individus vendant leur force de travail manuelle et
intellectuelle contre salaire aux détenteurs de capital, alors le prolétariat
ne peut que s’étendre avec l’extension du capitalisme lui-même qui est fondé
sur le rapport social salarial. En pleine possession de ses forces, la
bourgeoisie nie tout discours de classe pour mieux imposer sa pratique
de classe dominante.
De nombreux théoriciens se
fixent pour but de réguler le capitalisme, tenu comme
incontournable. Il s’agit pour eux de
tempérer la brutalité des adaptations commandées par la dynamique des
restructurations permanentes des entreprises en concurrence, de développer des
systèmes de protection sociale et juridique de qualité des salariés et enfin de
maintenir en dehors du marché les services nécessaires à la cohésion et au
progrès de la société, tels que la santé et l’éducation. C’est bien mais ce
n’est pas tout.
La collectivité a prouvé sa capacité
à financer la prise en charge de l’éducation, de la santé et des retraites par
la mutualisation des fonds –en France, près de 2500 milliards de francs par an.
Pourquoi ne serait-elle pas capable de mutualiser l’investissement productif
dans des secteurs plus larges que ceux actuellement couverts ? Les dogmes
libéraux ont-ils à ce point pénétré les esprits qu’il ne serait pas possible de
repenser la planification pour lui donner une dimension démocratique,
c’est-à-dire le choix collectif donnant la priorité par exemple au transport
par le rail plutôt que par la route ?
Le marché capitaliste assure l’adéquation de l’offre produite aux préférences
des consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat. Mais il ne peut répondre aux
besoins des populations démunies. Il ne peut non plus donner spontanément
d’indications sur le caractère soutenable à long terme d’une activité
économique florissante et pourtant dévastatrice pour les écosystèmes ou les
équilibres sociaux et culturels.
Il convient donc, à partir d’une
analyse du capitalisme comme système ne pouvant qu’exploiter l’homme et la
nature, se fixer comme objectif horizon la fin du capitalisme, avec
immédiatement une régulation, non pas pour assurer la pérennité du système,
mais pour préparer les conditions de sa disparition.