Citoyen du monde à Montrouge

numéro 5    Janvier 2004

 

Transports pollueurs et gaspilleurs : il faut réagir, vite !

                                                                                                                                            (informations reprises d’un document de travail  interne ATTAC)

C’est le secteur des transports, en France, qui est à l’origine de la majeure partie de la pollution atmosphérique, loin devant l’industrie, le secteur résidentiel et le tertiaire, et l’agriculture : il produit 28 % du gaz carbonique, 39 % du monoxyde de carbone, 54 % des oxydes d’azote. Au sein du secteur des transports, c’est la route qui est à l’origine de la quasi-totalité de cette pollution. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la pollution due aux transports serait en France responsable de 17 600 décès prématurés par an.

 

Le secteur des transports est aussi la première source de gaz à effet de serre, en France : il représente en 2001 26 % du total, et la quantité émise a augmenté de 21 % depuis 1990, ce qui rend hasardeux le respect de l’engagement global de la France, qui consiste à maintenir ses émissions de gaz à effet de serre, à l’horizon 2008-2012, au niveau de 1990.

 

En outre, l’OMS estime qu’au niveau mondial, le secteur des transports est responsable de 1,26 millions de morts par accident (en 2000) soit beaucoup plus que les guerres et conflits cette année-là (310 000). Et la route tue environ 20 fois plus, à trafic égal, que le train ou l’avion.

 

Sur les 75,6 Mtep de produits pétroliers consommés par la France, le secteur des transports en consomme à lui seul 49,2 , soit 65 %. La poursuite des tendances en cours conduira inéluctablement ce secteur à l’impasse sachant qu’au rythme actuel d’extraction (or celui-ci ne cesse de croître…), l’épuisement des gisements connus est prévisible d’ici 40 à 50 ans. Ce qui n’est pas sans rapport avec les conflits géopolitiques qui se déploient sous nos yeux pour le contrôle des ressources d’énergie fossile.

 

 

Pourquoi en est-on arrivé là ?

 

L’urbanisme couramment pratiqué porte une lourde part de responsabilité dans la situation actuelle : les logements en périphérie, les emplois dans le centre (tertiaire) ou en banlieue éloignée (industrie), le commerce (grande distribution) dans d’autres banlieues. Ces orientations ont obligé les citadins à augmenter leurs distances de parcours et ont contribué à l’accroissement des déplacements quotidiens, en particulier domicile-travail. La colonisation des centres-villes par les bureaux y a, en parallèle, fait croître le coût des logements, avec pour conséquence de réserver ceux-ci aux ménages aisés, de renforcer la ségrégation sociale et d’encourager partout l’étalement urbain, sous forme d’une péri-urbanisation « à la Californienne ». Alors que l’habitat dispersé se prête mal aux dessertes par les transports en commun, la motorisation de masse est une réponse obligée à ce type d’urbanisation. Tout a donc été fait pour imposer l’usage de l’automobile en zone urbanisée.

 

Or, pour effectuer un déplacement donné de voyageurs, les transports en commun terrestres demandent entre six et huit fois moins d’énergie que les transports routiers individuels en ville, entre trois et quatre fois moins en parcours interurbain. De même, un transport donné de marchandises demande entre trois et cinq fois moins d’énergie s’il est effectué par les voies maritime ou ferroviaire plutôt que par la route. Quant au transport aérien, son utilisation pour de courts trajets intérieurs apparaît comme un gaspillage d’énergie, aussi bien pour les voyageurs que pour le fret, alors même qu’il tend à se développer pour ce dernier usage.

 

Par ailleurs, les méthodes « modernes » de gestion, qu’on les nomme « zéro stock », « flux tendu » ou « juste à temps », consistent ni plus ni moins à multiplier les transports pour suivre au plus près l’utilisation des marchandises, qu’il s’agisse de production ou de commercialisation, plutôt que de massifier le transport en constituant des stocks. De fait, les économies réalisées en termes de gestion des stocks (coûts de personnel, charges foncières des hangars,…) proviennent de la circulation d’un flux ininterrompu de véritables « stocks roulants ».

 

Cette possibilité de multiplier sans limite les flux finit par conférer une importance secondaire à la localisation des lieux de production. C’est ainsi qu’en 1993, un rapport de l’Institut allemand de Wuppertal a montré que les différents ingrédients nécessaires à la fabrication d’un simple pot de yaourt aux fraises parcouraient un cumul de 3500 kilomètres avant d’être réunis… 

 

Cette « optimisation » de la production n’est rendue possible que parce que le transport est relativement sous-tarifé du fait d’un excédent de l’offre, notamment routière et maritime. Les transports peuvent ainsi jouer le rôle peu enviable de variable d’ajustement de quantité de décisions économiques prises au niveau de la production et de la commercialisation, en assumant les tensions et les contradictions de celles-ci. L’offre surabondante de transport repose elle-même, d’une part sur la généralisation de la dérégulation et du dumping social dans ce secteur, d’autre part sur le fait de compter pour rien, ou pour très peu, les impacts considérables des transports sur l’environnement et la qualité de vie des populations.

 

C’est cette sous-tarification des transports qui a rendu possible le développement effréné de la mondialisation libérale.

 

Il est donc urgent d’imposer, dans le débat citoyen, une réflexion sur la politique des transports, avec ses enjeux sociaux et environnementaux, et ses liens avec l’urbanisme, et avec la localisation de la production. Les déplacements en général doivent diminuer. Il faut progressivement se rapprocher de la vérité des prix en intégrant ce qui n’est pas aujourd’hui pris en compte. Cette réflexion doit se mener de façon démocratique, en se projetant dans l’avenir , et déboucher sur des actions planifiées.


 

Bonnes nouvelles : le volontarisme politique permet d’obtenir des résultats…

 

Le prix des cigarettes dissuade de plus en plus de fumeurs. 74 % des fumeurs déclarent avoir envie d’arrêter de fumer (contre 59 % en 1999).Le nombre de cigarettes vendues est passé de 94 milliards en 1993 à 80 en 2002.

 

Avec 5 732 personnes tuées , la mortalité sur les routes françaises a diminué de 21% en 2003.

 

5 ,7 enfants par femme en 1960 dans les pays en développement, 2,8 en 2001  (chiffres cités par Guillaume Duval,  Le libéralisme n’a pas d’avenir), éd La Découverte).

Cette réduction sensible, qui permet d’espérer une stabilisation de la population mondiale à un niveau encore « soutenable »,  résulte en partie de la politique draconienne de restriction des naissances conduite en Chine.

 

Le Parlement marocain a commencé à examiner une réforme du code de la famille qui instaure une égalité de droits entre l’homme et la femme. Jusqu’alors soumise à la tutelle permanente des hommes –père, frère ou mari-, la femme pourra désormais maîtriser son mariage, sa séparation ou son divorce. Ce texte est le fruit de dix ans de combat des associations de femmes.

 

Le gouvernement a donné son feu vert , en décembre 2003, à deux projets qui prévoient de transporter par cargo une partie des camions encombrant aujourd’hui le réseau terrestre. Le port de Nantes - Saint-Nazaire pourrait embarquer pour l’Espagne 350 000 camions par an.

 

… et la question climatique commence à être de plus en plus largement évoquée

 

Hubert Védrine (Le Monde 24 décembre) : « il serait temps pour ceux qui ont comme métier (sic) de penser les rapports de force et l’avenir du monde d’introduire la dimension écologique dans le champ de la géopolitique. D’abord parce que , si les scientifiques ont raison à propos du réchauffement, ce phénomène ne peut pas ne pas provoquer de considérables mutations agroalimentaires, démographiques, sanitaires, économiques et donc politiques. S’il se confirme que l’humanité ne pourra arrêter l’engrenage qui la menace sans remettre en cause l’insatiable consommation d’énergie qui est la sienne depuis ce que l’on appelle le progrès, on devine la violence des tensions, voire des conflits qui en découleraient à l’intérieur de chaque pays et entre les diverses zones du monde pour répartir les sacrifices nécessaires à la transformation radicale des modes de production. Les Occidentaux et les autres pourront-ils se mettre vraiment d’accord sur les valeurs et les règles du jeu dans la communauté internationale de demain ? Comment gérer les affrontements prévisibles de la « géo-écologie politique » ?

 

«Le changement climatique est le problème le plus grave auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, plus sérieux même que la menace terroriste » David King, conseiller de Tony Blair, qui lui-même avait dit en février 2003 « il n’y aura pas de véritable sécurité si la planète est ravagée par le changement climatique ». La Grande Bretagne a pour objectif de diminuer de 60 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 (Le Monde 11 janvier)

 

Carrefour axe sa publicité sous le signe du développement durable, avec en particulier le slogan « arrêtons de consommer plus, pour consommer mieux ». Très bien , à condition de n e pas perdre de vue que l’objectif essentiel de Carrefour, comme de toute entreprise, c’est de faire des profits.

 

Souvenons-nous : merci aux tirailleurs maghrébins et noirs 

 

En 1944, Toulon a été la première bataille, sur la côte sud, que l’armée française ait livrée, avec les troupes alliées, pour libérer la France. Commandée par le général de Lattre de Tassigny, cette armée réunissait ceux qu’on appelait les indigènes, venus de l’empire colonial, ainsi que des Français des colonies et des évadés de la France occupée. Près d’un soldat sur deux était un Africain : les tirailleurs maghrébins et noirs constituaient alors le gros de l’infanterie. « On oublie souvent, lorsqu’on parle d’immigration, que les pères de bien des immigrés d’aujourd’hui furent un jour accueillis en libérateurs », commente Grégoire Georges-Picot, historien qui a dirigé une exposition sur ce sujet au musée d’art de Toulon.

 

… aucune religion n’est, par nature, « modérée »

 

écrit Gilles Martinet  (Le Monde 4-5 janvier), qui poursuit: «  Dès que l’une d’elles obtient le monopole de la croyance, elle se révèle dominatrice et répressive. Pensons à la France après la révocation de l’édit de Nantes. Mais il se trouve que, tout en maintenant leurs dogmes, certaines de ces religions doivent vivre aux côtés d’un grand nombre d’incroyants. C’est de là que vient leur « modération », c’est-à-dire le désir de rapports pacifiés. Après avoir condamné la démocratie jusqu’au milieu du XIX ème siècle, l’Eglise en reconnaît aujourd’hui les vertus. Mais, pour qu’il y ait la paix, il fallait qu’il y ait d’abord la guerre. Dans notre pays, cette guerre, gagnée par la République, est derrière nous. Le droit d’exprimer des sentiments religieux est totalement respecté, mais aussi celui d’être agnostique ou athée.(…)

En terre d’islam, les choses sont quelque peu différentes. (…)Le communautarisme ne facilite pas le changement des mentalités. Mais il ne suffit pas  de le dénoncer. Nous ne pouvons pas raisonner comme s’il n’existait pas de ghettos dans les banlieues, comme si l’égalité était la règle en matière d’emploi, d’éducation et de dignité. Un immense effort est nécessaire pour transformer cette réalité. »

 

Il n’y a pas d’alternative (nous disent nos dirigeants…)   (repris de Silence, qui cite Ecocide, éd Parangon)

 

Nombre de salariés aux Nations Unies : 53 600 , nombre de salariés à Disneyland : 50 000.

Budget des Nations-Unies : 18,2 milliards de dollars ; chiffre d’affaires de Looked (fabricant américain d’armement) : 19,4 milliards de dollars

Dépenses des Nations-Unies pour la paix : 3,6 milliards de dollars  ; dépenses militaires des USA : 800 milliards de dollars 

Budget annuel des Nations-Unies pour l’environnement : 100 milliards de dollars ;  budget quotidien des dépenses militaires dans le monde : 2000 milliards de dollars.

 

Energies

 

A lire dans Alternatives Economiques de janvier un dossier « comment sauver la planète » :

Si on ne fait rien, la consommation d’énergie pourrait augmenter de plus de 60% d’ici à 2030 par rapport à 2000, selon l’Agence internationale de l’énergie.

De nombreuses idées. Habitat : isolation, eau chaude solaire, supprimer les systèmes de mise en veille des appareils, normes plus strictes pour appareils producteurs de froid, interdire les technologies obsolètes comme les halogènes ou les lampes à incandescence. Des lampes de poche ou des radios sont déjà commercialisées, pour lesquelles vingt tours de manivelle fournissent jusqu’à une heure de fonctionnement. Remplacer certains plastiques – certaines pièces de carrosserie automobile intègrent des fibres de lin, HP a fabriqué une imprimante carrossée en amidon de maïs.

Recycler. Obliger les fabricants ou les distributeurs à reprendre les produits en fin de vie.

Evoluer vers des régimes plus végétariens.

Repenser la mobilité et relocaliser l’économie. L’avion, mode de transport le plus polluant, est le moins taxé. Visioconférence. Renoncer au week-end à Bangkok. Le parc automobile chinois grossit de 25 % par an. Limiter les transports de marchandises.

Urbanisme : augmenter la densité urbaine pour éviter les déplacements automobiles. Mixité des fonctions (travail-habitation).

En Autriche 77% de la consommation d’électricité provient déjà des énergies vertes.

Lester Brown (earth policy institute) : les difficultés arriveront  sous la forme d’une hausse des prix de l’alimentation et ce dans les toutes prochaines années. A cause des hausses de température, et de l’épuisement des nappes phréatiques. Nous buvons deux ou trois litres d’eau par jour, mais l’eau qui est nécessaire pour produire l’alimentation que nous ingérons chaque jour représente 2000 litres ! Il faut en effet  1000 tonnes d’eau pour produire une tonne de grain.

Solutions : augmenter la productivité des matières premières au niveau mondial, et notamment celle de l’eau dans l’agriculture; ralentir la croissance démographique ; diminuer les émissions de carbone de moitié d’ici à 2050. Levier : la fiscalité. Que les prix reflètent la vérité écologique

 

Les Français ont accru de près de 4% leur consommation d’électricité en 2003. La vague de froid puis la canicule sont en partie à l’origine de cette hausse, paradoxale compte tenu de la faible croissance économique.

 

Fret : seuls trois pays dépassent les 30% par le rail : la Suisse, l’Autriche et la Suède. En France, le rail assure 20% du fret, le fluvial 3%. (Silence, janvier 2004)

 

Pétrole

 

La consommation est passée de 56 millions de barils par jour en 1973 à 78 aujourd’hui, la part de l’Asie (Chine , Asie du Sud-Est et sous continent indien) a plus que triplé, passant à plus de 17 % de la consommation mondiale.

 

Annonce par Shell d’une réduction de 20% de ses réserves prouvées (qui passent dans la catégorie des réserves probables). La Securities and Exchange Commission (gendarme de la Bourse américaine) envisage de durcir ses règles de transparence en imposant aux compagnies pétrolières une procédure de certification des réserves prouvées par des ingénieurs indépendants.

 

Les prix du pétrole brut sont à leur plus haut niveau depuis le 17 mars 2003, juste avant le début de la guerre en Irak.

 

Uranium

 

Les réserves d’uranium sont estimées à 60 ans si on ne construit plus de nouveaux réacteurs. L’Allemagne a arrêté en novembre son premier réacteur nucléaire (sur 19), près de Hambourg.(Silence, janvier 2004)

 

De nombreuses pathologies respiratoires et ophtalmologiques, ainsi que des décès par cancer,  sont signalés par les habitants de la ville minière d’Arlit, au Niger, où 1600 personnes sont employées par des filiales du groupe français Areva pour produire quelque 3000 tonnes d’uranium par an. Le groupe Areva affirme respecter les normes. La Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad, ONG) estime que « le décalage entre le discours du groupe Areva-Cogeme concernant la radioprotection et la protection de l’environnement est saisissant » et demande « la mise en place d’une expertise indépendante et approfondie de la situation radiologique ».

 

Energies renouvelables

 

Une firme néerlandaise vient de mettre au point une éolienne relativement silencieuse que l’on peut utiliser en milieu urbain, et fonctionnant même avec des vents extrêmement faibles (force 1) . Chaque module a une puissance maximale de 3kW.

 

L’Allemagne produit par énergie éolienne 5,2 % de son électricité, avec 13000 MW installés (en France, 150 MW, 0,7 %). (Silence, janvier 2004)

 

Croissance, reprise, disent-ils…mais où sont les emplois ?

 

Jacques Attali (Le Monde 4 janvier): « Nous sommes devant un potentiel de croissance considérable : il tient à l’arrivée sur le marché de 2,5 milliards d’hommes –la Chine, l’Inde et le Brésil, qui feront figure de locomotives. La Chine, avec une croissance de 7 à 8 %, est devenue l’atelier du monde. Elle fabrique dans plusieurs secteurs des produits « bruns » et « blancs » , 90 % de la production mondiale. Et il n’y a pas que l’électronique, les télécoms et l’informatique qui migrent vers la Chine et l’Asie. Textile, papier, pétrochimie, automobile, tout se déplace dans cette direction.

Trois grandes vagues technologiques se présentent : la révolution des télécommunications, la révolution biotechnologique, les nanotechnologies ».

 

En cinq ans , 2,9 millions d’emploi ont disparu dans l’industrie américaine. L’emploi manufacturier «  a retrouvé le niveau qu’il avait en 1961 ». Les délocalisations (en premier lieu vers la Chine)sont à l’origine de cette désindustrialisation. L’effondrement est spectaculaire dans le textile.

Alors que la croissance est manifeste aux Etats-Unis, les créations d’emploi ne suivent pas. (Le Monde 15 janvier)

 

La France détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée. Depuis fin 2002 les créations  dans le tertiaire ne compensent plus les pertes dans l’industrie.(Le monde 3 janvier)

 

Le Monde 13 janvier : « La reprise se fait sentir et un sentiment d’optimisme regagne les grands patrons français », note l’éditorial du Monde, qui note cependant dans la foulée que « ces géants sont désormais mondiaux et que leur base européenne, et plus encore française, est singulièrement réduite. D’où les réponses prudentes (bel euphémisme) quand on interroge les PDG sur leurs intention d’investissement et d’embauche (….) Il ne faut pas se méprendre : ce ne sont plus les entreprises du CAC 40 qui font l’emploi en France, mais les PME et les artisans. »  [ Guillaume Duval a tordu le cou à cette idée dans son ouvrage « le libéralisme n’a pas d’avenir »].

 

Droite/Gauche
 

La gauche n’a qu’une raison d’être : la réduction des inégalités. Elle voit d’abord ce que les hommes ont en commun. Ce qui sépare et hiérarchise les différences de fortune, de pouvoir, de culture peut toujours être réduit, voire supprimé, en tout cas surmonté. La droite, au contraire, souligne en premier lieu ce qui distingue les individus. Elle considère leurs inégalités comme naturelles, ou construites de si longue date qu’elles sont presque immuables. Même si elle peut juger injustes ou néfastes ces disparités, leur existence demeure à ses yeux globalement stimulante. (analyse par Roger-Pol droit d’un essai, «  Droite et gauche », publié en 1995, de Norberto Bobbio, philosophe italien décédé le 9 janvier ; Le Monde 11 janvier).

 

Monde

 

Inde :  4ème forum social mondial à Bombay du 16 au 21 janvier. 75 000 personnes attendues.

En Inde, la croissance a été de 7% en 2003 et sera  de 9% en 2004. Le taux de croissance des technologies de l’information a été de 30%, ce qui lui a permis de fournir, au niveau mondial, 20 % des exportations de logiciels.

Ses échanges extérieurs représentent moins de 1% du commerce mondial (contre 1,5% dans les années 1950).

L’ouverture au commerce mondial est admise par les gouvernants, à condition que l’Etat puisse continuer à protéger les secteurs sensibles à la concurrence internationale. Ceux qui prônent dans la tradition de Gandhi l’autosuffisance demeurent minoritaires.

 

Argentine : Depuis l’effondrement de l’Argentine en 2001, on compte quelque 170 entreprises récupérées par les ouvriers à travers le pays. Au départ, la volonté commune de sauver l’entreprise et les postes de travail. Les décisions se prennent par consensus au cours d’assemblées. Tout le monde a le même salaire en fonction de la facturation mensuelle et ces salaires sont souvent plus élevés que dans les usines traditionnelles.

En Argentine (l’ancien bon élève du FMI) !, un adulte sur trois est au chômage, et plus de la moitié des 38 millions d’habitants est tombée dans la pauvreté.

 

Burundi : En 10 ans la guerre civile a fait plus de 300 000 victimes au Burundi (petit pays d’Afrique centrale de 3, 6 millions d’habitants)

 

Etats-Unis :  La Chine, que l’administration Bush qualifiait d’adversaire stratégique » il y a moins  de trois ans encore,  est en passe de devenir le principal créancier de l’Amérique… (en achetant des bons du Trésor américain, pour financer les réductions d’impôts et l’augmentation des dépenses publiques des Etats-Unis)

(éditorial du Monde du 10 janvier)

Les Etats-Unis tentent de relancer les négociations commerciales dans le cadre de l’OMC, en renonçant aux subventions agricoles. La commission européenne s’en réjouit. La balle est dans le camp du président Chirac, grand défenseur des subventions aux agriculteurs français.

 

Les Américains dépensent en moyenne 500 dollars (404 euros) pour leurs cadeaux de Noël.

 

Europe 

 

La Commission européenne a décidé d’attaquer le conseil des ministres devant la Cour de justice de l’Union, pour avoir renoncé à sanctionner la France et l’Allemagne, qui n’ont pas respecté le pacte de stabilité.

 

Italie : L’enquête sur Parmalat révèle un scandale sans précédent. Chaque jour apporte son lot de nouvelles révélations sur l’étendue des malversations. Sous certains aspects, celles-ci dépassent celles d’Enron. Le montage mis en place dans les paradis fiscaux et en Amérique latine révèle des mécanismes extrêmement sophistiqués. Le Luxembourg a ouvert une enquête sur un éventuel blanchiment d’argent. Beaucoup de questions restent sans réponse sur des fraudes de 8 à 10 milliards d’euros.

 

France : chômage, pauvreté, violences…

 

En novembre 2003, la France comptait 425 600 demandeurs d’emploi de moins de 25 ans contre 396 900 un an auparavant, soit une progression de 7,2%.. Le taux de chômage des 16-24 ans est de 20,8 %.

 

L’application combinée du plan de redressement de l’UNEDIC et de la réforme de l’ASS va provoquer dès le 1er janvier une diminution sensible des indemnités perçues par de nombreuses personnes en difficulté. Le régime ne devrait plus indemniser que 45,3 % des sans-emploi. Les chômeurs « en fin de droits » relevant du RMI touchent  411,70 euros par mois (pour une personne seule), et ceux qui relèvent de l’ASS touchent 406,80 euros par mois.

L’Unedic  a accusé un déficit de 3,7 milliards d’euros en 2002, puis de 5 milliards d’euros environ en 2003. L’accord conclu il y a un an entre le patronat, la CFDT, la CGC et la CFTC ne modifie pas le montant de l’indemnisation ( 57,4 % du dernier salaire), mais ramène de 30 à 23 mois la durée d’indemnisation et durcit considérablement les conditions d’accès, pour les salariés précaires en particulier. Ce choix frappe les plus faibles (éditorial du Monde du 31 décembre).

 

En 2000 (dernière statistique connue) 3,7 millions de personnes, soit 6,5% de la population, vivaient avec moins de 579 euros (personne seule) ou de  869 euros (couple sans enfant) par mois (soit moins de la moitié du niveau de vie médian - de la moitié de la population-).

Ces chiffres sont moins élevés que ceux de 1996 (4,1 millions de personnes, soit 7,2 % de la population).

 

Après deux années de baisse, le nombre de Rmistes a augmenté en 2002. 6 millions de personnes vivent actuellement grâce aux minima  sociaux (3,3 millions de personnes bénéficiant du RMI ou de l’allocation de solidarité spécifique, + leurs enfants et conjoints).

 

750 000 personnes vivent encore dans un habitat précaire.

Les violences contre les personnes sont en augmentation de 7,3 % en 2003, chiffre intervenant après une hausse de 8,63 % en 2002.

 

Le gouvernement continue de détricoter le droit social :  Le projet de loi prévoit que s’il y a accord d’entreprise, celui-ci s’appliquera, même s’il est moins avantageux qu’un accord interprofessionnel ou de branche.

« Les chefs de petites et moyennes entreprises, comme les salariés, ont besoin d’une certaine sécurité juridique et sociale. Si une entreprise concurrente parvient à supprimer le treizième mois, le dirigeant d’une PME sera obligé de faire de même s’il veut rester compétitif » souligne le groupe UDF.

 

Les entreprises de moins de vingt salariés pourront disposer pendant deux années supplémentaires d’une « souplesse » (qu’en termes galants ces choses là sont dites) sur les heures supplémentaires. Il s’agit de n’imputer les heures travaillées sur le contingent d’heures supplémentaires qu’à partir de la 37ème heure supplémentaire. 

 

François Fillon a reçu, jeudi 15 janvier, le rapport Virville, qui préconise la création d’un contrat dont la durée correspondrait à la réalisation d’un projet. M. Seillère s’est félicité de cette mesure. Les syndicats dénoncent une précarité grandissante

 

…démanteler les libertés publiques : Des peines allant jusqu’à un an de prison ferme pourront être prononcées pour la plupart des délits, sur proposition du seul parquet, selon la procédure de « reconnaissance préalable de culpabilité » (le plaider coupable). C’est la disposition la plus radicalement destructrice de notre système pénal actuel. Contraire à la séparation des pouvoirs.

Comme aux Etats-Unis, où les peines sont prononcées de cette façon dans 90% des cas, des personnes seront condamnées non pas pour ce qu ‘elles auront commis, mais pour ce qu’elles auront accepté de négocier avec le parquet (qui reçoit des instructions du ministre de la justice). Les personnes les plus démunies, défendues par des avocats commis d’office, auront tendance à avouer leur culpabilité en garde à vue pour en finir le plus vite possible avec la justice. Après la fin de la garde à vue, la personne sera présentée au procureur, qui prononcera la peine, et la procédure sera « homologuée » par un juge du siège, réduit à la fonction de compteur de vitesse.

La culture du résultat a déjà eu des conséquences calamiteuses dans la police. L’obsession du rendement amène la police et la justice à traiter beaucoup de petites infractions, en délaissant la délinquance complexe (3 fumeurs de joint= 3 infractions constatées, en cinq minutes, tandis qu’un trafic de stupéfiant = une seule affaire élucidée en 6 mois).    Eveline Sire-Martin, présidente du Syndicat de la magistrature.

 

… et sacrifier la recherche : Les organismes publics de recherche ont subi, en 2003, des coupes budgétaires et des annulations de crédits sans précédent dans leur histoire. « En dépit du discours officiel affirmant que la recherche est une priorité nationale, le gouvernement français est bel et bien en train de fermer le secteur de la recherche publique » écrivent les chercheurs dans une pétition signée de 12 000 d’entre eux. Les directeurs d’unité et d’équipes menacent de démissionner collectivement des leurs fonctions de direction.

 

Claude Cohen-Tannoundji, prix Nobel de physique, professeur honoraire au Collège de France : « je lisais récemment que la mise au point et la diffusion d’un nouveau logo d’une agence nationale pendant une période d’un an avait coûté 2,4 millions d’euros. Quand je compare cette somme aux 2 millions de crédit de fonctionnement non finalisés dépensés par notre équipe de chercheurs en trente ans, je me dis que les échelles de valeur de notre société ne sont plus adaptées aux grands enjeux qui devraient nous mobiliser pour l’avenir ».

 

Toujours du nouveau sur le site (pertinent et impertinent) de Montbouge ( www.montbouge.net): voir notamment l’actualité des choses qui bougent.

Vous retrouverez les anciens numéros de cette lettre, ainsi que des notes de lecture (« La démence sénile du capital » , de Jean-Marie Harribey, Editions du Passant, 2002 ; « Le libéralisme n’a pas d’avenir », de Guillaume Duval, Editions La Découverte, 2003), sur le site http://perso.wanadoo.fr/citoyens-a-montrouge .   Si vous souhaitez que cette lettre mensuelle soit adressée à d’autres personnes de votre connaissance, indiquez leur adresse électronique à jean-paul.alletru@wanadoo.fr. Si vous souhaitez ne plus la recevoir, ou si vous voulez faire part de réactions, commentaires, informations, faites le savoir par un message à cette même adresse.