Citoyen du monde à Montrouge
numéro 5
Janvier 2004
Transports pollueurs et gaspilleurs : il faut
réagir, vite !
(informations reprises d’un
document de travail interne ATTAC)
C’est le secteur des transports,
en France, qui est à l’origine de la majeure partie de la pollution atmosphérique,
loin devant
l’industrie, le secteur résidentiel et le tertiaire, et l’agriculture : il
produit 28 % du gaz carbonique, 39 % du monoxyde de carbone, 54 % des oxydes
d’azote. Au sein du secteur des transports, c’est la route qui est à
l’origine de la quasi-totalité de cette pollution. D’après l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), la pollution due aux transports serait en France
responsable de 17 600 décès prématurés par an.
Le secteur des transports est
aussi la première source de gaz à effet de serre, en France : il représente en 2001 26 %
du total, et la quantité émise a augmenté de 21 % depuis 1990, ce qui rend hasardeux le
respect de l’engagement global de la France, qui consiste à maintenir ses émissions
de gaz à effet de serre, à l’horizon 2008-2012, au niveau de 1990.
En outre, l’OMS estime qu’au niveau mondial,
le secteur des transports est responsable de 1,26 millions de morts
par accident (en 2000) soit beaucoup plus que les guerres et conflits cette année-là (310
000). Et la route tue environ 20 fois plus, à trafic égal, que le train ou
l’avion.
Sur
les 75,6 Mtep de produits pétroliers consommés par la France, le secteur
des transports en consomme à lui seul 49,2 , soit 65 %. La poursuite des tendances en cours conduira
inéluctablement ce secteur à l’impasse sachant qu’au rythme actuel
d’extraction (or celui-ci ne cesse de croître…), l’épuisement des
gisements connus est prévisible d’ici 40 à 50 ans. Ce qui n’est pas sans rapport avec les conflits
géopolitiques qui se déploient sous nos yeux pour le contrôle des
ressources d’énergie fossile.
Pourquoi en est-on arrivé là ?
L’urbanisme couramment
pratiqué porte une lourde part de responsabilité dans la situation
actuelle : les
logements en périphérie, les emplois dans le centre (tertiaire) ou en banlieue
éloignée (industrie), le commerce (grande distribution) dans d’autres
banlieues. Ces orientations ont obligé les citadins à augmenter leurs distances
de parcours et ont contribué à l’accroissement des déplacements quotidiens, en
particulier domicile-travail. La colonisation des centres-villes par les bureaux y a, en parallèle,
fait croître le coût des logements, avec pour conséquence de réserver ceux-ci
aux ménages aisés, de renforcer la ségrégation sociale et d’encourager partout
l’étalement urbain, sous forme d’une péri-urbanisation « à la
Californienne ». Alors que l’habitat dispersé se prête mal aux dessertes
par les transports en commun, la motorisation de masse est une réponse obligée
à ce type d’urbanisation. Tout a
donc été fait pour imposer l’usage de l’automobile en zone urbanisée.
Or,
pour effectuer un déplacement donné de voyageurs, les transports en commun
terrestres demandent entre six et
huit fois moins d’énergie que
les transports routiers individuels en ville, entre trois et quatre fois moins en parcours
interurbain. De
même, un transport donné de marchandises demande entre trois et cinq fois moins d’énergie s’il est effectué par les voies
maritime ou ferroviaire plutôt que par la route. Quant au transport aérien, son
utilisation pour de courts trajets intérieurs apparaît comme un gaspillage
d’énergie, aussi bien pour les voyageurs que pour le fret, alors même qu’il
tend à se développer pour ce dernier usage.
Par ailleurs, les méthodes
« modernes » de gestion, qu’on
les nomme « zéro stock », « flux tendu » ou « juste à
temps », consistent
ni plus ni moins à multiplier les transports pour suivre au plus près
l’utilisation des marchandises, qu’il s’agisse de production ou de commercialisation, plutôt que de
massifier le transport en constituant des stocks. De fait, les économies
réalisées en termes de gestion des stocks (coûts de personnel, charges
foncières des hangars,…) proviennent de la circulation d’un flux ininterrompu
de véritables « stocks roulants ».
Cette possibilité de multiplier sans limite les flux
finit par conférer une importance secondaire à la localisation des lieux de
production. C’est
ainsi qu’en 1993, un rapport de l’Institut allemand de Wuppertal a montré que
les différents ingrédients nécessaires à la fabrication d’un simple pot de
yaourt aux fraises parcouraient un cumul de 3500 kilomètres avant d’être
réunis…
Cette « optimisation » de la production
n’est rendue possible que parce que le
transport est relativement sous-tarifé du fait d’un excédent de l’offre, notamment routière et maritime. Les transports peuvent ainsi
jouer le rôle peu enviable de variable
d’ajustement de quantité de décisions économiques prises au niveau de la
production et de la commercialisation, en assumant les tensions et les
contradictions de celles-ci. L’offre surabondante de transport repose elle-même, d’une part sur la généralisation de la dérégulation et du
dumping social dans ce secteur, d’autre part sur le fait de compter pour rien, ou pour très peu, les impacts considérables des
transports sur l’environnement et la qualité de vie des populations.
C’est cette sous-tarification des transports qui a
rendu possible le développement effréné de la mondialisation libérale.
Il est donc urgent d’imposer, dans le débat
citoyen, une réflexion sur la politique des transports, avec ses enjeux
sociaux et environnementaux, et ses liens avec l’urbanisme, et avec la
localisation de la production. Les déplacements en général doivent diminuer.
Il faut progressivement se rapprocher de la vérité des prix en intégrant
ce qui n’est pas aujourd’hui pris en compte. Cette réflexion doit se mener de
façon démocratique, en se projetant dans l’avenir , et déboucher sur des
actions planifiées.
Bonnes nouvelles : le volontarisme
politique permet d’obtenir des résultats…
Le prix des cigarettes dissuade de plus en plus de
fumeurs. 74 % des fumeurs déclarent avoir envie d’arrêter de fumer (contre 59 %
en 1999).Le nombre de cigarettes vendues est passé de 94 milliards en 1993 à 80
en 2002.
Avec 5 732 personnes tuées , la mortalité sur les
routes françaises a diminué de 21% en 2003.
5 ,7 enfants par femme en 1960 dans les pays en
développement, 2,8 en 2001 (chiffres
cités par Guillaume Duval, Le
libéralisme n’a pas d’avenir), éd La Découverte).
Cette réduction sensible, qui permet d’espérer une
stabilisation de la population mondiale à un niveau encore
« soutenable », résulte en
partie de la politique draconienne de restriction des naissances conduite en
Chine.
Le Parlement marocain a commencé à examiner une réforme du code de la famille qui instaure une égalité de droits entre l’homme et la femme. Jusqu’alors soumise à la tutelle permanente des hommes –père, frère ou mari-, la femme pourra désormais maîtriser son mariage, sa séparation ou son divorce. Ce texte est le fruit de dix ans de combat des associations de femmes.
Le
gouvernement a donné son feu vert , en décembre 2003, à deux projets qui
prévoient de transporter par cargo une partie des camions encombrant
aujourd’hui le réseau terrestre. Le port de Nantes - Saint-Nazaire pourrait
embarquer pour l’Espagne 350 000 camions par an.
… et la question climatique commence à être de plus en plus
largement évoquée
Hubert Védrine (Le Monde 24 décembre) :
« il serait temps pour ceux qui ont comme métier (sic) de penser les
rapports de force et l’avenir du monde d’introduire la dimension écologique
dans le champ de la géopolitique. D’abord parce que , si les scientifiques ont
raison à propos du réchauffement, ce phénomène ne peut pas ne pas provoquer de
considérables mutations agroalimentaires, démographiques, sanitaires,
économiques et donc politiques. S’il se confirme que l’humanité ne pourra
arrêter l’engrenage qui la menace sans remettre en cause l’insatiable consommation
d’énergie qui est la sienne depuis ce que l’on appelle le progrès, on devine la
violence des tensions, voire des conflits qui en découleraient à l’intérieur de
chaque pays et entre les diverses zones du monde pour répartir les sacrifices
nécessaires à la transformation radicale des modes de production. Les
Occidentaux et les autres pourront-ils se mettre vraiment d’accord sur les
valeurs et les règles du jeu dans la communauté internationale de demain ?
Comment gérer les affrontements prévisibles de la « géo-écologie
politique » ?
«Le changement climatique est le problème le plus grave auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, plus sérieux même que la menace terroriste » David King, conseiller de Tony Blair, qui lui-même avait dit en février 2003 « il n’y aura pas de véritable sécurité si la planète est ravagée par le changement climatique ». La Grande Bretagne a pour objectif de diminuer de 60 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 (Le Monde 11 janvier)
Carrefour axe sa publicité sous le signe du développement durable, avec en particulier le slogan « arrêtons de consommer plus, pour consommer mieux ». Très bien , à condition de n e pas perdre de vue que l’objectif essentiel de Carrefour, comme de toute entreprise, c’est de faire des profits.
Souvenons-nous : merci aux
tirailleurs maghrébins et noirs …
En 1944, Toulon a été la première bataille, sur la
côte sud, que l’armée française ait livrée, avec les troupes alliées, pour
libérer la France. Commandée par le général de Lattre de Tassigny, cette armée
réunissait ceux qu’on appelait les indigènes, venus de l’empire colonial, ainsi
que des Français des colonies et des évadés de la France occupée. Près d’un
soldat sur deux était un Africain : les tirailleurs maghrébins et noirs
constituaient alors le gros de l’infanterie. « On oublie souvent,
lorsqu’on parle d’immigration, que les pères de bien des immigrés d’aujourd’hui
furent un jour accueillis en libérateurs », commente Grégoire
Georges-Picot, historien qui a dirigé une exposition sur ce sujet au musée
d’art de Toulon.
… aucune religion n’est, par nature, « modérée »
écrit Gilles Martinet (Le Monde 4-5 janvier),
qui poursuit: « Dès que l’une d’elles obtient le monopole de la croyance,
elle se révèle dominatrice et répressive. Pensons à la France après la
révocation de l’édit de Nantes. Mais il se trouve que, tout en maintenant leurs
dogmes, certaines de ces religions doivent vivre aux côtés d’un grand nombre
d’incroyants. C’est de là que vient leur « modération », c’est-à-dire
le désir de rapports pacifiés. Après avoir condamné la démocratie jusqu’au
milieu du XIX ème siècle, l’Eglise en reconnaît aujourd’hui les vertus. Mais,
pour qu’il y ait la paix, il fallait qu’il y ait d’abord la guerre. Dans notre
pays, cette guerre, gagnée par la République, est derrière nous. Le droit
d’exprimer des sentiments religieux est totalement respecté, mais aussi celui
d’être agnostique ou athée.(…)
En terre d’islam, les choses sont quelque peu différentes. (…)Le communautarisme ne facilite pas le changement des mentalités. Mais il ne suffit pas de le dénoncer. Nous ne pouvons pas raisonner comme s’il n’existait pas de ghettos dans les banlieues, comme si l’égalité était la règle en matière d’emploi, d’éducation et de dignité. Un immense effort est nécessaire pour transformer cette réalité. »
Nombre de salariés aux Nations Unies : 53
600 , nombre de salariés à Disneyland : 50 000.
Budget des Nations-Unies : 18,2 milliards de
dollars ; chiffre d’affaires de Looked (fabricant américain
d’armement) : 19,4 milliards de dollars
Dépenses des Nations-Unies pour la paix : 3,6
milliards de dollars ; dépenses militaires des USA : 800
milliards de dollars
Budget annuel des Nations-Unies pour
l’environnement : 100 milliards de dollars ; budget quotidien
des dépenses militaires dans le monde : 2000 milliards de dollars.
De nombreuses idées. Habitat : isolation, eau
chaude solaire, supprimer les systèmes de mise en veille des appareils, normes
plus strictes pour appareils producteurs de froid, interdire les technologies
obsolètes comme les halogènes ou les lampes à incandescence. Des lampes de
poche ou des radios sont déjà commercialisées, pour lesquelles vingt tours de
manivelle fournissent jusqu’à une heure de fonctionnement. Remplacer certains
plastiques – certaines pièces de carrosserie automobile intègrent des fibres de
lin, HP a fabriqué une imprimante carrossée en amidon de maïs.
Recycler. Obliger les fabricants ou les
distributeurs à reprendre les produits en fin de vie.
Evoluer vers des régimes plus végétariens.
Repenser la mobilité et relocaliser l’économie.
L’avion, mode de transport le plus polluant, est le moins taxé.
Visioconférence. Renoncer au week-end à Bangkok. Le parc automobile chinois
grossit de 25 % par an. Limiter les transports de marchandises.
Urbanisme : augmenter la densité urbaine pour
éviter les déplacements automobiles. Mixité des fonctions (travail-habitation).
En Autriche 77% de la consommation d’électricité
provient déjà des énergies vertes.
Lester Brown (earth policy institute) : les
difficultés arriveront sous la forme
d’une hausse des prix de l’alimentation et ce dans les toutes prochaines
années. A cause des hausses de température, et de l’épuisement des nappes
phréatiques. Nous buvons deux ou trois litres d’eau par jour, mais l’eau qui
est nécessaire pour produire l’alimentation que nous ingérons chaque jour
représente 2000 litres ! Il faut en effet
1000 tonnes d’eau pour produire une tonne de grain.
Solutions : augmenter la productivité des
matières premières au niveau mondial, et notamment celle de l’eau dans
l’agriculture; ralentir la croissance démographique ; diminuer les
émissions de carbone de moitié d’ici à 2050. Levier : la fiscalité. Que
les prix reflètent la vérité écologique
Les
Français ont accru de près de 4% leur consommation d’électricité en 2003. La
vague de froid puis la canicule sont en partie à l’origine de cette hausse,
paradoxale compte tenu de la faible croissance économique.
Fret : seuls trois pays dépassent les 30% par
le rail : la Suisse, l’Autriche et la Suède. En France, le rail assure 20%
du fret, le fluvial 3%. (Silence, janvier 2004)
La consommation est passée de 56 millions de barils
par jour en 1973 à 78 aujourd’hui, la part de l’Asie (Chine , Asie du Sud-Est
et sous continent indien) a plus que triplé, passant à plus de 17 % de la
consommation mondiale.
Annonce par Shell d’une réduction de 20% de ses
réserves prouvées (qui passent dans la catégorie des réserves probables). La
Securities and Exchange Commission (gendarme de la Bourse américaine) envisage
de durcir ses règles de transparence en imposant aux compagnies pétrolières une
procédure de certification des réserves prouvées par des ingénieurs
indépendants.
Les prix du pétrole brut sont à leur plus haut
niveau depuis le 17 mars 2003, juste avant le début de la guerre en Irak.
Les réserves d’uranium sont estimées à 60
ans si on ne construit plus de nouveaux réacteurs. L’Allemagne a arrêté en
novembre son premier réacteur nucléaire (sur 19), près de Hambourg.(Silence,
janvier 2004)
De nombreuses pathologies respiratoires et
ophtalmologiques, ainsi que des décès par cancer, sont signalés par les habitants de la ville minière d’Arlit, au
Niger, où 1600 personnes sont employées par des filiales du groupe français
Areva pour produire quelque 3000 tonnes d’uranium par an. Le groupe Areva
affirme respecter les normes. La Commission de recherche et d’information indépendante
sur la radioactivité (Criirad, ONG) estime que « le décalage entre
le discours du groupe Areva-Cogeme concernant la radioprotection et la
protection de l’environnement est saisissant » et demande « la mise
en place d’une expertise indépendante et approfondie de la situation
radiologique ».
Energies
renouvelables
Une firme néerlandaise vient de mettre au point une
éolienne relativement silencieuse que l’on peut utiliser en milieu urbain, et
fonctionnant même avec des vents extrêmement faibles (force 1) . Chaque module
a une puissance maximale de 3kW.
L’Allemagne produit par énergie éolienne 5,2 % de
son électricité, avec 13000 MW installés (en France, 150 MW, 0,7 %). (Silence,
janvier 2004)
Jacques Attali (Le Monde 4 janvier):
« Nous sommes devant un potentiel de croissance considérable : il
tient à l’arrivée sur le marché de 2,5 milliards d’hommes –la Chine, l’Inde et
le Brésil, qui feront figure de locomotives. La Chine, avec une croissance de 7
à 8 %, est devenue l’atelier du monde. Elle fabrique dans plusieurs secteurs
des produits « bruns » et « blancs » , 90 % de la
production mondiale. Et il n’y a pas que l’électronique, les télécoms et
l’informatique qui migrent vers la Chine et l’Asie. Textile, papier,
pétrochimie, automobile, tout se déplace dans cette direction.
Trois grandes vagues technologiques se
présentent : la révolution des télécommunications, la révolution
biotechnologique, les nanotechnologies ».
En cinq ans , 2,9 millions d’emploi ont disparu dans
l’industrie américaine. L’emploi manufacturier « a retrouvé le niveau
qu’il avait en 1961 ». Les délocalisations (en premier lieu vers la
Chine)sont à l’origine de cette désindustrialisation. L’effondrement est
spectaculaire dans le textile.
Alors que la croissance est manifeste aux
Etats-Unis, les créations d’emploi ne suivent pas. (Le Monde 15 janvier)
La
France détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée. Depuis fin 2002 les
créations dans le tertiaire ne
compensent plus les pertes dans l’industrie.(Le monde 3 janvier)
Le Monde 13 janvier : « La reprise se
fait sentir et un sentiment d’optimisme regagne les grands patrons
français », note l’éditorial du Monde, qui note cependant dans la foulée
que « ces géants sont désormais mondiaux et que leur base européenne, et
plus encore française, est singulièrement réduite. D’où les réponses prudentes (bel
euphémisme) quand on interroge les PDG sur leurs intention d’investissement
et d’embauche (….) Il ne faut pas se méprendre : ce ne sont plus les
entreprises du CAC 40 qui font l’emploi en France, mais les PME et les
artisans. » [ Guillaume Duval a
tordu le cou à cette idée dans son ouvrage « le libéralisme n’a pas
d’avenir »].
La gauche n’a qu’une raison d’être : la
réduction des inégalités. Elle voit d’abord ce que les hommes ont en commun. Ce
qui sépare et hiérarchise les différences de fortune, de pouvoir, de culture
peut toujours être réduit, voire supprimé, en tout cas surmonté. La droite, au
contraire, souligne en premier lieu ce qui distingue les individus. Elle
considère leurs inégalités comme naturelles, ou construites de si longue date
qu’elles sont presque immuables. Même si elle peut juger injustes ou néfastes
ces disparités, leur existence demeure à ses yeux globalement stimulante.
(analyse par Roger-Pol droit d’un essai, « Droite et gauche »,
publié en 1995, de Norberto Bobbio, philosophe italien décédé le 9
janvier ; Le Monde 11 janvier).
Inde : 4ème forum social mondial à Bombay du 16 au 21 janvier.
75 000 personnes attendues.
En Inde, la croissance a été de 7% en 2003 et
sera de 9% en 2004. Le taux de
croissance des technologies de l’information a été de 30%, ce qui lui a permis
de fournir, au niveau mondial, 20 % des exportations de logiciels.
Ses échanges extérieurs représentent moins de 1% du
commerce mondial (contre 1,5% dans les années 1950).
L’ouverture au commerce mondial est admise par les
gouvernants, à condition que l’Etat puisse continuer à protéger les secteurs
sensibles à la concurrence internationale. Ceux qui prônent dans la tradition
de Gandhi l’autosuffisance demeurent minoritaires.
En Argentine (l’ancien bon élève du FMI) !, un
adulte sur trois est au chômage, et plus de la moitié des 38 millions
d’habitants est tombée dans la pauvreté.
Burundi :
En 10 ans la guerre civile a fait plus de 300 000 victimes
au Burundi (petit pays d’Afrique centrale de 3, 6 millions d’habitants)
Etats-Unis : La Chine, que l’administration Bush qualifiait d’adversaire stratégique » il y a moins de trois ans encore, est en passe de devenir le principal créancier de l’Amérique… (en achetant des bons du Trésor américain, pour financer les réductions d’impôts et l’augmentation des dépenses publiques des Etats-Unis)
(éditorial du Monde du 10 janvier)
Les Etats-Unis tentent de relancer les négociations
commerciales dans le cadre de l’OMC, en renonçant aux subventions agricoles. La
commission européenne s’en réjouit. La balle est dans le camp du président
Chirac, grand défenseur des subventions aux agriculteurs français.
Les
Américains dépensent en moyenne 500 dollars (404 euros) pour leurs cadeaux de
Noël.
La Commission européenne a décidé d’attaquer le
conseil des ministres devant la Cour de justice de l’Union, pour avoir renoncé
à sanctionner la France et l’Allemagne, qui n’ont pas respecté le pacte de
stabilité.
Italie : L’enquête sur Parmalat révèle un scandale sans précédent. Chaque jour apporte son lot de nouvelles révélations sur l’étendue des malversations. Sous certains aspects, celles-ci dépassent celles d’Enron. Le montage mis en place dans les paradis fiscaux et en Amérique latine révèle des mécanismes extrêmement sophistiqués. Le Luxembourg a ouvert une enquête sur un éventuel blanchiment d’argent. Beaucoup de questions restent sans réponse sur des fraudes de 8 à 10 milliards d’euros.
En novembre 2003, la France comptait 425 600
demandeurs d’emploi de moins de 25 ans contre 396 900 un an auparavant, soit
une progression de 7,2%.. Le taux de chômage des 16-24 ans est de 20,8 %.
L’application combinée du plan de redressement de
l’UNEDIC et de la réforme de l’ASS va provoquer dès le 1er janvier
une diminution sensible des indemnités perçues par de nombreuses personnes en
difficulté. Le régime ne devrait plus indemniser que 45,3 % des sans-emploi.
Les chômeurs « en fin de droits » relevant du RMI touchent 411,70 euros par mois (pour une personne
seule), et ceux qui relèvent de l’ASS touchent 406,80 euros par mois.
L’Unedic a
accusé un déficit de 3,7 milliards d’euros en 2002, puis de 5 milliards d’euros
environ en 2003. L’accord conclu il y a un an entre le patronat, la CFDT, la
CGC et la CFTC ne modifie pas le montant de l’indemnisation ( 57,4 % du dernier
salaire), mais ramène de 30 à 23 mois la durée d’indemnisation et durcit
considérablement les conditions d’accès, pour les salariés précaires en
particulier. Ce choix frappe les plus faibles (éditorial du Monde du 31
décembre).
En 2000 (dernière statistique connue) 3,7 millions
de personnes, soit 6,5% de la population, vivaient avec moins de 579 euros
(personne seule) ou de 869 euros
(couple sans enfant) par mois (soit moins de la moitié du niveau de vie médian
- de la moitié de la population-).
Ces chiffres sont moins élevés que ceux de 1996 (4,1
millions de personnes, soit 7,2 % de la population).
Après deux années de baisse, le nombre de Rmistes a
augmenté en 2002. 6 millions de personnes vivent actuellement grâce aux
minima sociaux (3,3 millions de
personnes bénéficiant du RMI ou de l’allocation de solidarité spécifique, +
leurs enfants et conjoints).
750
000 personnes vivent encore dans un habitat précaire.
Les violences contre les personnes sont en augmentation de 7,3 % en 2003, chiffre intervenant après une hausse de 8,63 % en 2002.
Le
gouvernement continue de détricoter le droit social : Le projet de loi prévoit que
s’il y a accord d’entreprise, celui-ci s’appliquera, même s’il est moins
avantageux qu’un accord interprofessionnel ou de branche.
« Les chefs de petites et moyennes entreprises,
comme les salariés, ont besoin d’une certaine sécurité juridique et sociale. Si
une entreprise concurrente parvient à supprimer le treizième mois, le dirigeant
d’une PME sera obligé de faire de même s’il veut rester compétitif »
souligne le groupe UDF.
Les entreprises de moins de vingt salariés pourront
disposer pendant deux années supplémentaires d’une « souplesse »
(qu’en termes galants ces choses là sont dites) sur les heures supplémentaires.
Il s’agit de n’imputer les heures travaillées sur le contingent d’heures
supplémentaires qu’à partir de la 37ème heure supplémentaire.
François Fillon a reçu, jeudi 15 janvier, le rapport
Virville, qui préconise la création d’un contrat dont la durée correspondrait à
la réalisation d’un projet. M. Seillère s’est félicité de cette mesure. Les
syndicats dénoncent une précarité grandissante
…démanteler les libertés publiques : Des peines allant jusqu’à un
an de prison ferme pourront être prononcées pour la plupart des délits, sur
proposition du seul parquet, selon la procédure de « reconnaissance
préalable de culpabilité » (le plaider coupable). C’est la disposition la
plus radicalement destructrice de notre système pénal actuel. Contraire à la
séparation des pouvoirs.
Comme aux Etats-Unis, où les peines sont prononcées
de cette façon dans 90% des cas, des personnes seront condamnées non pas pour
ce qu ‘elles auront commis, mais pour ce qu’elles auront accepté de
négocier avec le parquet (qui reçoit des instructions du ministre de la
justice). Les personnes les plus démunies, défendues par des avocats commis
d’office, auront tendance à avouer leur culpabilité en garde à vue pour en
finir le plus vite possible avec la justice. Après la fin de la garde à vue, la
personne sera présentée au procureur, qui prononcera la peine, et la procédure
sera « homologuée » par un juge du siège, réduit à la fonction de
compteur de vitesse.
La culture du résultat a déjà eu des conséquences calamiteuses dans la police. L’obsession du rendement amène la police et la justice à traiter beaucoup de petites infractions, en délaissant la délinquance complexe (3 fumeurs de joint= 3 infractions constatées, en cinq minutes, tandis qu’un trafic de stupéfiant = une seule affaire élucidée en 6 mois). Eveline Sire-Martin, présidente du Syndicat de la magistrature.
… et sacrifier la recherche : Les organismes publics de recherche ont subi, en
2003, des coupes budgétaires et des annulations de crédits sans précédent dans
leur histoire. « En dépit du discours officiel affirmant que la recherche
est une priorité nationale, le gouvernement français est bel et bien en train
de fermer le secteur de la recherche publique » écrivent les chercheurs
dans une pétition signée de 12 000 d’entre eux. Les directeurs d’unité et
d’équipes menacent de démissionner collectivement des leurs fonctions de
direction.
Claude
Cohen-Tannoundji, prix Nobel de physique, professeur honoraire au Collège de
France : « je lisais récemment que la mise au point et la diffusion
d’un nouveau logo d’une agence nationale pendant une période d’un an avait
coûté 2,4 millions d’euros. Quand je compare cette somme aux 2 millions de
crédit de fonctionnement non finalisés dépensés par notre équipe de chercheurs
en trente ans, je me dis que les échelles de valeur de notre société ne sont
plus adaptées aux grands enjeux qui devraient nous mobiliser pour l’avenir ».
Toujours du nouveau sur le site (pertinent et
impertinent) de Montbouge ( www.montbouge.net): voir notamment
l’actualité des choses qui bougent.
Vous retrouverez les anciens numéros de
cette lettre, ainsi que des notes de lecture (« La démence sénile du
capital » , de Jean-Marie Harribey, Editions du Passant, 2002 ;
« Le libéralisme n’a pas d’avenir », de Guillaume Duval, Editions La
Découverte, 2003), sur le site http://perso.wanadoo.fr/citoyens-a-montrouge
. Si vous souhaitez que cette lettre
mensuelle soit adressée à d’autres personnes de votre connaissance, indiquez
leur adresse électronique à jean-paul.alletru@wanadoo.fr.
Si vous souhaitez ne plus la recevoir, ou si vous voulez faire part de
réactions, commentaires, informations, faites le savoir par un message à cette
même adresse.