partant
septembre 2001
La fin du développement
naissance d'une alternative ?
de François Partant
Notes de
lecture de Jean-Paul Allétru
Ouvrage signalé dans
le "Manière de voir " (Le Monde Diplomatique) de juillet-août
2001 intitulé "Polémiques sur l'histoire
coloniale".
J'ai eu envie de lire cet ouvrage parce que l'idée de
développement, à laquelle se réfère très souvent l'action politique, au niveau
national et au niveau international, me semble condamnée par la finitude de
notre planète. Dès à présent l'essentiel de l'économie mondiale repose non plus
sur les biens ma tériels,
mais sur des services immatériels (en particulier les jeux, le divertissement,
le spectacle), ce qui la rend extraordinairement fragile et erratique.
Ce n'est pas exactement le propos de François Partant, dans
les préoccupations duquel je me reconnais cependant pleinement.
François Partant
(1926 - 1987) fut d'abord cadre supérieur dans des institutions financières
nationales et internationales. C'est en homme de terrain qu'il prit conscience
des aberrations auxquelles conduisaient des politiques de développeemnt menées
dans le tiers-monde. Il a écrit plusieurs ouvrages, qui ont été publiés de 1976
à 1994, et les scénarios de plusieurs films (de 1975 à 1983).
Lors de sa sortie en
1982 aux éditions de La Découverte, ce livre fut qualifié par Le Monde de
"livre choc".
Le livre a été
réédité par Actes Sud, "Babel", Arles, en 1997.
L'association La
ligne d'horizon - les amis de François Partant, domiciliée à Malakoff, a comme
objectifs de diffuser les analyses de François Partant, de les confronter aux
mutations de notre société et d'approfondir la réflexion sur les alternatives.
Le choc provoqué par les attentats du 11 septembre 2001
contre le World Trade Center et le Pentagone, mettant en évidence la fragilité
de la plus grande puissance mondiale, frappée dans ses symboles les plus
éclatants, en face de terroristes décidés jusqu'au sacrifice de leur vie, doit
nous inciter à une réflexion en profondeur sur
notre monde: qu'est-ce qui peut expliquer les fantastiques écarts entre
l'opulent Manhattan et le famélique Afghanistan ? vers quels abîmes va le monde
?
C'est à une analyse de la "crise" allant à la
racine des choses, et à une recherche des solutions pour en sortir, que nous convie
François Pa rtant, dont le
propos, quoique datant de près de 20 ans, reste tout-à-fait d'actualité, et se
révèle même, sur certains points, prémonitoire.
La fin du
développement
De
nombreux intellectuels mettent leurs espoirs dans les nouvelles technologies de
l'informatique et de la robotique, qui selon eux vont libérer la société de la
nécessité de travailler pour produire une quantité toujours croissante de biens
et de services consommables. Pourtant, la situation économique et sociale ne
porte guère à l'optimisme. Le déséquilibre entre pays industrialisés et pays
sous-développés s'est constamment aggravé, de même que les disparités
économiques et sociales internes à chaque pays.
Comment
instaurer d'autres rapports sociaux et internationaux ? Tel est le problème le
plus urgent à résoudre.
Le
marxisme a condamné l'injustice des rapports de production, mais
non l'accumulation nécessaire au développement des forces productives, ni les
technologies qui contribuent à ce développement.
Ce
n'est qu'à la fin des années 1950 qu'un courant de pensée, né aux Etats-Unis, a
commencé à mettre en doute le caractère bénéfiqure de l'évolution
technico-économique. Fortement marqué par Ivan Illich, ce courant s'est
considérableemnt renforcé avec la montée du mouvement écologique. Les
écologiques dénoncent les contreparties de la croissance: pollution, épuisement
de ressources non renouvelables, appauvrissement génétique (disparition
d'espèces, ... ), dégradation de nos conditions de vie. Mais il faudrait aussi
prendre en compte les fantastiques transferts de ressources et de capitaux qui
s'effectuent à l'échelle mondiale, au profit des pays industrialisés. Or, même
les pays qui prétendent, au moins en France, vouloir rompre avec le capitalisme
entendent bien préserver la construction technico-économique élaborée par le
capital.
L'époque
coloniale est officiellemnt terminée, mais les pays capitalistes industrialisés
continuent d'absorber la quasi-totalité
des matières premières disponibles dans le monde. Même lorsque nous condamnons
nos pères pour ce qu'ils entreprirent, nous acceptons leur héritage, nous
sommes ainsi amenés à continuer leur oeuvre.
Si
les pays industrialisés continuent de progresser en suivant la trajectoire qui
est actuellement la leur, quelle incidence aura leur progression sur les autres
? Pour beaucoup, la réponse est que les pays industrialisés devront accroître
leur aide au tiers-monde afin que celui-ci puisse se développer comme ils le
font eux-mêmes. Or l'idée que le tiers-monde peut et doit se développer comme
les pays qui passent pour l'être est parfaitement absurde. L'idée qu'on peut et
doit l'y aider l'est tout autant.
En
réalité, si le développement des pays capitalistes industrialisés résulte d'un
déséquilibre socio-économique qu'ils ont provoqué et qui désormais
s'auto-entretient, leur position internationale, avec les avantages qu'ils en
retirent, est anormale et injuste. Les innombrables victimes de ce déséquilibre
doivent alors la combattre.
Mais l'évolution technico-économique est devenue
incontrôlable.
Le
Capital et l 'Etat financent, donc orientent, la recherche: le progrès n'est
donc jamais neutre, il sert la volonté de puissance de l'Etat, et
d'accumulation du Capital, c'est-à-dire des intérêts étroits, de classe, ou
nationaux. Mais chaque entreprise étant en concurrence , chaque Etat étant en
compétition, est obligée d'adopter les normes de production du plus compétitif.
L'uniformisation du monde est donc inéluctable. Le prodigieux développement des
échanges internationaux a considérablement accentué l'interdépendance des
économies capitalistes.
Désormais,
l'économie domine le politique, le social, le culturel.
µImpossible
d'arrêter cette évolution: chacun n'accepte sa situation que danbs l'espoir
qu'elle s'améliorera; il faut donc que la production augmente, sinon pour
assurer une véritable amélioration des conditions d'existence de tous, du moins
pour en créer l'illusion (par exemple par un simple changement dans l'apparence
des objets). L'arrêt de la croissance entraîne une montée du chômage, d'autant
plus rapide que l'évolution technique, elle, se poursuit.
C'est
le développement lui-même qu'il faut mmettre en cause. Limté dans l'espace, il
l'est aussi nécessaireemnt dans le temps. Il n'aura été que l'aventure d'une
petite fraction de l'humanité, pousuivant un but beaucoup trop étroit par des
moyens très généralement condamnables.
L'hypothèse
la plus probable est celle d'un chaos social généralisé. Mais tôt ou tard, les
sociétés se recomposeront sur de nouvelles bases. C'est cette éventualité qui
sera étudiée ici. Mais ce qui pourrait être une alternative restera en
pointillé: sa définition ne peut faire l'objet que d'un travail collectif, à
l'échelel mondiale.
Fondements
idéologiques du développement
Le
terme de développement n'est entré dans la littérature économique qu'avec la
décolonisation.
Pour
l'Occident, l'homme est présenté comme la fin dernière de l'univers. Cet
anthropocentrisme explique l'irrespect fondamental de l'Occidental à l'égard du
monde physique et des autres espèces vivantes. Dans la mesure où il élimine
beaucoup de contraintes et de scrupules, cet irrespect a contribué aux succès
historiques de l'Occident. Il a ensuite été théorisé par la science économique.
L'Occidental
a également établi une hiérarchie au sein de l'humanité, en fonction de leur
niveau de connaissance "scientifique" et de leur maîtrise des
techniques. Cette interprétation des différences repose sur le postulat d'une
évolution "unilinéaire". C'est ainsi que la domination de la société
occidentale sur des populations présumées attardées put passer pour une oeuvre
civilisatrice.
Avec
la décolonisation, la mission civilisatrice que l'Occident a prétendu se donner
s'est transformé en une mission d'aide.
De
la sorte, les pays industrialisés restent maîtres du jeu. Ils exporteront des
équipements, en échange des matières premières.
Les
élites dirigeantes du tiers-monde, conditionnées, ont pour ambition un
"niveau de développement" qui exclut toute tentative d'autarcie.
Le
prestige du modèle est assuré par ses réalisations techniques.
Le
capitalisme et le socialisme entretiennent tous deux l'idée que le progrès
social ne peut résulter que d'un accroisseemnt de la richesse d'une société. De
fait, dans les sociétés industrialisées, l'individu aurait désormais bien du
mal à vivre, sans le travail que lui donne le Capital et sans les quelques
services que lui fournit l'Etat. Mais l'on pourrait parfaitement concevoir une
autre organisation politique , économique et sociale, grâce à laquelle les
individus n'auraient plus à attendre du pouvoir ce qu'ils peuvent faire par
eux-mêmes. C'est un des enseignements d'Ivan Illich, qui a suscité une utile
réflexion sur l'autonomie individuelle.
La
prétendue "science" économique se révèle une des composantes essentielles
de l'idéologie occidentale. L'idée de développement n'est qu'une fantastique
entreprise de mystification, qui abuse les mystificateurs eux-mêmes. Toutes les
sociétés, en fait, sont développées, y compris celles qui nous paraissent les
plus primitives. Celles-ci maîtrisaient les conditions de leur propre
reproduction sociale.
La
colonisation a provoqué le sous-développement des régions dont elle prélevait
les ressources, ainsi que la régression
technologique des populations qui ne pouvaient plus définir leurs besoins en
fonction de leur culture, ni choisir les moyens techniques d eles satisfaire.
La chèvre et
le chou
Dans
le cadre du système sociopolitique mondial actuel, le développement
technico-économique du tiers-monde est impossible.
Le
Gabon faibleemnt peuplé est riche en ressources naturelles: okoumé, manganèse,
uranium, pétrole, fer, etc.
Le
prix auquel les pays industrialisés achètent, par exemple le manganèse doit
d'abord permettre au Gabon de payer ou de rembourser à ces mêmes pays les biens
et services qu'ils fournissent pour assurer la production et l'exploitation de
cette matière première (parmi lesquels les salaires étrangers :la charge
salariale de la société qui exploite le manganèse était constituée, en 1975,
pour plus d'un tiers de salaires européens).
Le
Gabon ne reçoit que quelques taxes pour l'entretien de son appareil d'Etat et
les salaires versés à la main d'oeuvre locale (et qui diminue à chaque progrès
technique).
Le
Gabon fournit un exemple caricatural de ce pillage auquel les pays
industrialisés se livrent en considérant qu'un ematière première ne vaut que ce
qu'il en coûte pour se l'approprier.
Et
le pire est que le Gabon consacre ses ressources financières à construire un
chemein de fer qui permetra d'accélérer les exportations de bois et de mettre
en exploitation un gisement de fer. le fer sera exporté et permettra de
remborser aux Européens qui l'importeront, les crédits qu'ils ont consentis au
Gabon pour que soit construit, par leurs propres entreprises, ce chemein de fer
qui ne sert que leur propre économie!
Quand
les ressources naturelles du Gabon seront épuisées, les Gabonais seront un des
peuples les plus pauvres du monde. et les villes construites par la minorité
qui aura vécu fastueusement à la faveur du "développement du Gabon seront
probablement reconquises par la forêt tropicale.
En
outre le Gabon est très endetté. Sa capacité d'endettement est surestimée par
les experts, qui ne considèrent que sa richesse en produits exportables, en
oubliant que ne demeure en définitive dans le pays qu'une très faible part des
"recettes d'exportation" (de 5 % à 30% selon les produits). Cette
valeur résiduelle, faible, diminue encore
quand les exportations augmentent, si cette augmentation est dûe à des
moyens techniques importés : les taxes versées à l'Etat augmentent, mais la
main d'oeuvre, donc les salaires versés, diminuent. Les intérêts du
gouvernement sont donc à l'opposé de ceux de la population.
De
toutes façon, le gouvernement est tenu d'adopter ces progrès qui améliorent la
productivité du travail, car le Gabon ne bénéficie d'aucun monopole, et ses
prix à l'exportation doivent demeurer compétitifs. C'est ainsi qu'il a dû se
résigner à ne prélever aucune taxe sur sa première mine d'uranium, aujourd'hui
épuisée, et à voir tendre vers 0 la valeur résiduelle de ses exportations de
bois....
Le
club de Rome a publié une étude sur les limites physiques à la croissance, qui fit scandale. (Halte à la croissance,
Fayard)
Dans
le domaine de l'énergie, la conférence mondiale réunie à munich en septembre
1980 a tiré la sonnette d'alarme: le fossé se creuse dangereusement entre les
besoins des pays consommateurs et les ressources disponibles à court et moyen
terme. l'optimisme officiel n'est nulleemnt entamé par ce genre de constatation.
Et qu'en serait-il de la "crise de l'énergie " si le tiers-monde se
développait ? L'américain moyen consomme mille cent fois plus d'énergie que le
Rwandais moyen.
La
formule "après nous le déluge" est améliorée par une note optimiste:
nos enfants sauront certainement construire l'arche.
Les
africains auraient tout avantage, plutôt que d'importer une usine textile, à ne
se vêtir que d epagnes de raphia ou à ne rien porter du tout.
Les
minorités privilégiées du tiers-monde sont avides de "progrès", elles
placent les transferts de technologies au centre d eleurs préoccupations: grâce
à ces transferts, elles accaparent les ressources financières que dégagent les
activités productives ( avec dix ouvriers, l'usine textile produit plus que
mille artisans, mais aussi elle concentre la valeur que crée le travail entre
les mains de son propriétaire, valeur auparavant répartie entre mille
personnes).
Selon
Robert Linhart (le sucre et la faim, Minuit, témoignage accablant sur ce qu'on
a appelé "le miracle brésilien"), "plus les économies du
tiers-monde s'ouvrent sur le marché mondial, plus la masse des populations
s'enfonce dans le dénuement".
Sur
la scène internationale, les hommes qui parlent au nom du tiers-monde ne sont
nullement représentatifs des peuples qu'ils dirigent et dont les intérêts
réels, vitaux, ne sont jamais pris en compte. dans le tiers-monde, l'Etat est
une structure de pouvoir aberrante, car c'est sur lui que s'articule el système
d'échange qui provoque le sous-développement.
René
Passet, (p67), dans "l'Economique
et le vivant", dénonce l'"économisme", qui évacue de son domaine
la question des fins (quel objectif doit-il être atteint ?), et qui ne prend
pas en compte les besoins de reconstitution de la ressource humaine et du
facteur naturel, mais qui inspire bel et bien la pratique économique.
Le
développement a des conséquences sociales inacceptables. Seule constatation
rassurante: il est financièrement impossible. Le tiers-monde est incapable de
payer ce qu'il importe avec la seule valeur résiduelle de ses exportations. Les
crédits qui lui ont été consentis pendant la période d'euphorie commerciale
étaient hors de proportion avec sa capacité d'endettement. On s'en est aperçu
au début des années 70.
JJSS
a trouvé la solution: le robot!
En
fait, le robot va ôter au tiers-monde le seul avantage qui était le sien dans
la compétition internationale: celui d'avoir une main d'oeuvre abondante et bon
marché. Les nouivelles technologies ne peuvent qu'approfondir les difficultés
sociales, économiques et financières dans lesquelels se débat le tiers-monde
non producteur de pétrole.
Pourtant,
il est probable que les pays capitalistes industrialisés continueront
d'exporter et d'investir dans le tiers-monde insolvable: les intérêts privés,
eux, en effet, n'ont rien à perdre, les firmes exportatrices étant assurées
contre les risques de non-paiement (ou les multinationales réinvestissant leurs
profits dans des productions exportables).
Par
exemple, Volkwagen a créé une filiale au Brésil.Longtemps, la firme allemande a
reçu de sa filiale beaucoup plus que ce que lui aurait rapporté l'exportation
de véhicules vers ce pays. Mais le jour où le Brésil n'a plus eu de devises (le
Brésil est aujopurd'hui l'un des plus endettés du monde), Volkswagen a
réinvesti sur place ses bénéfices, en les plaçant dans d e grandes
exploitations agricoles. Mais ses profits ne seront distribués aux actionnaires
que si le ranch brésilien exporte de la viande en Europe, au détriment des
éleveurs européens.
Tout
le système bancaire occidental se trouve en situation de faillite virtuelle. La
faillite pourra être différée tant que
les pays pétroliers n'auront pas l'emploi de leurs ressources financières.
La
construction économique mondiale repose sur une spéculation financière qui ne
durera pas éternellement.
L'échange et
la théorie des avantages comparatifs
La
théorie des "avantages comparatifs" ( qui est la seule justification
au libre-échange, selon un haut fonctionnaire du GATT cité par Paul Fabra, Le
Monde 17/1/1978) est due à Ricardo, il y a près de deux siècles. Ricardo
affirme : si le Portugal ne peut pas produire des tissus dans d'aussi bonnes
conditions que l'Angleterre (s'il doit y consacrer plus de temps de travail
qu'elle), il a avantage à produire du vin qui lui servira de monnaie d'échange.
Mais pourquoi le Portugal n'est-il pas aussi développé que la Grande-Bretagne
?
Un
pays s'enrichit quand il s'industrialise, à la condition que son industrie
s'autodéveloppe et qu'elle fournisse aux autres secteurs les moyens techniques
de leur propre développement: son industrie apporte alors toujours plus de
valeur aux matières premières qu'elle élabore. il s'enrichit en outre par
l'échange, lorqu'il exporte des produits à faible valeur ajoutée, en échange de
matières premières. en pareil cas, il pratique un échange inégal. Et cet
échange devient de plus en plus inégal.
La "détérioration des termes de l'échange" affecte tous lkes
pays sosu-développés producteurs de matières premières et de produitsq
agricoles.
L'Espagne
et le Portugal, pourtant puissances coloniales, one employé les fantastiques
ressources qu'elles arrachaient à l'empire à des fins non productives :
construction de palais et d'églises.
La
"détérioration des termes de l'échange" joue également au détriment
des agriculteurs des pays développés. Ceux -ci sont contraints de recourir à
des produits industiels dont le prix augmente plus vite que celui de la
production qu'ils permettent.
Le
pays qui exporte un minerai vend une ressource qui ne se renouvelle pas. Or
notre système économique n'établit aucune différence entre les ressources
renouvables et les ressources non renouvelables. Celles-ci devraient être
considérées comme un actif dont la liquidation n'est justifiée que si elle
permet de constituer un capital reproductible, afin de ne pas compromettre les
possibilités de production des générations futures.
La
théorie de Ricardo est inexacte et contredite par les faits.L'échange ne serait
également profitable aux deux coéchangistes que si les produits échangés
contenaient, à partir d'une matière première de même prix, une valeur ajoutée
égale et reflétant, de par sa composition, les mêmes structures sociopolitiques
et économiques (salaires, emploi, amortissements, ...).
Aujourd'hui,
la loi duplus fort jouant sans limites, ou presque, au sein du groupe des pays
industrialisés, ceux-ci vont pouvoir constater que l'optimum économique se
réalise au détriment d'une fraction croissante de chaque nation. Ils ne peuvent
pour autant renoncer à la liberté des échanges. Aucun d'eux ne peut désormais
poser des limites à ceux-ci sans se créer des problèmes internes (que
deviendraient les innombrables activités qui se greffent sur la production à la
faveur de l'échange ?) et sans en susciter chez ses partenaires commerciaux qui
seraient alors fondés à prendre des mesures de rétorsion. Ainsi la liberté des
échanges n'est-elle justifiée que par les risques que comporterait leur
limitation.
Certains
experts (assemblée de la FAO, 1980) préconisent de soustraire les produits
alimentaires aux échanges internationaux. Cette position n'est guère réaliste.
Ce n'est pas la production agricole qui devrait devenir autonome par rapport au
marché mondial: c'est une société.
Pour
certains "alternatifs", proposent que chacun travaille davantage pour
lui-même: ce qu'il produira pour lui-même réduira d'autant ses besoins
monétaires.
L'échange
est inhérent à toute vie sociale. Mais l'échange économique, tel qu'il se
pratique aujourd'hui à l'échelle mondiale, est à condamner pour trois raisons
essentielles:
-
il fait prévaloir une notion de "valeur" partout la même, alors
qu'elle devrait être différente selon la culture et les besoins spécifiques de
chaque société;
-
il ne tient pas compte de l'inégale productivité du travail des coéchangistes.
Pour acquérir un produit industriel qui a nécessité une heure de travail, le
pays sous-développé devra fournir sept heures de travail;
-
il provoque des spécialisations fondées seulement sur desdonnées économiques et
financières. Ces spécialisations sont parfois très défavorables, et elles ne
devraient pa sêtre indépendantes de ce que chaque société souhaite produire.
Jusqu'ici,
la critique du système capitaliste a porté davantage sur les conditions de
production que sur les conditions d'échange. Lorque les socialistes occidentaux
prônent des nationalisations, ils n'envisagent que la démocratisation des
avantages acquis par le Capital. En fait, si l'on admet qu'est injuste
l'appropriation privée d'un instrument de production, dont l'existence et le
développement sont assurés par un travail collectif, sa nationalisation l'est
déormais tout autant.
L'intégration
économique
Ingmar
Granstedt ("l'impasse industrielle", Seuil), utilisant l'angle
d'observation adopté par Ivan Illich et André Gorz, distigue deux modes de
production, l'un "autonome", l'autre "intégré". La
production "autonome" est partout éliminée par la production
"intégrée", qui met en oeuvre des moyens techniques lourds, donc des
capitaux importants, une main d'oeuvre nombreuse et souvent soumise à une
organisation de type militaire, avec une division du travail allant jusqu'à la
parcellisation extrême des taches, ainsi qu'avec des spécialisations de plus en
plus poussées. La production intégrée a fini par rendre interdépendantes toutes
les activités productives à une échelle quasi-planétaire.
L'évolution
du mode de production est dûe à la concurrence. L'accumulation capitalistique a
permis de financer une "recherche-développement" de plus en plus
coûteuse. A son tour, cette accumulation a été favorisée par l'extension du
champ social du capital, toutes les activités qui pouvaient être sources de
profit devenant marchandes.
L'indépendance
nationale tend à n'être plus qu'une fiction juridique.
Le
Capital n'est pas responsable au plan politique ou social. La marge de
manoeuvre du pouvoir économique de l'entreprise diminue à mesure que s'élargit
le champ de la concurrence. Mais à l'inverse, la tendance à la concentration
des capitaux donne aux détenteurs de ceux-ci un pouvoir politique important: il
peut influencer les décisions gouvernementales, orienter l'information,
manipuler l'opinion publique, voire financer un coup d'Etat (ITT au Chili).
Le
champ du politique demeure national, alors que le champ du Capital est devenu
international. La conséquence la plus grave de cette situation est que l'Etat
ne peut plus remédier à l'irresponsabilité fondamentale dans le domaine
socio-politique, fut-ce par des nationalisatioons, aussi larges soient-elles.
La seule politique que puisse mener l'ETat est d'attirer les capitaux, de favoriser
les entreprises, de concourir à lkeur compétitivité, notamment en imposant aux
travailleurs les contraintes (l' "austérité") qu'impose la formation
du profit. C'est l'option libérale, que tous les gouvernements occidentaux ont
été ou seront amenés à prendre.
La
renaissance d el'école libérale, surprenante à une époque où les mécanismes
régulateurs du capitalisme s'enrayent et où le système est en crise,
s'expliuque par la transformation du contexte économique.
L'Etat
n'est plus -et sera de moins en moins- l'arbitre qu'il prétend parfois être
entre le Capital et le Travail. On peut craindre que l'approfondissement
inéluctable des difficultés sociales ne l'entraîne à devenir semblble à cet
Etat "aberrant" du tiers-monde, à ce pouvoir qui poursuit en vain un
objectif de développement, quitte à laisser crever la majorité de sa population
et à noyer dans le sang ses révoltes.
En
étendant son réseau à une échelle quasi-planétaire, le Capital a commencé à
disloquer les nations. On se rappelle l'épique combat qui opposa Nancy à
Bordeaux pour attirer une usine Ford.
Aucune
nation ne maîtrise plus les conditions de sa propre reproduction.
L'impérialisme des grandes puissances traduit l'extrême vulnérabilité de leur
construction technico-économique. Or les principes auxquels obéit
l'impérialisme sont à l'opposé de ceux dont la démocratie procède. Aux
Etats-Unis lors de la guerre du viêt-Nam, la nation américaine a fini par
prendre le parti de l'ennemi et à obliger l'Etat à renoncer.
Le travail et
l'outil
Selon
JJSS, les microprocesseurs vont assurer partout le plein emploi. Cette opinion
se fonde sur le fait que l'adoption des nouveaux progrès technologiques n'a pas
créé au Japon de chômage (faux, cf "Japon, l'envers du décor, de Kamata
Satoshi, Ed Maspéro); et sur le pari que le développement de l'informatique va
susciter de nouveaux besoins justifiant de nouvelles activités créatrices
d'emplois (reprenant la théorie du "déversement" d'Alfred Sauvy,
"la machine et le chômage").
Comme
beaucoup d'analyses basées sur les statistiques, celle d'Alfred Sauvy n'a guère
de signification: elle ne porte que sur l'économie des pays capitalistes
industrialisés, pendant une période d'extension du champ d'action du Capital,
au plan interne et au plan international. Or cette extension a des limites: la
solvabilité des acheteurs et leur capacité à consommer.
Qui
sont les acheteurs ? l'immense majorité de la société des pays industrialisés
qui a la chance d'être solvable, soit parce qu'elle est incorporée à l'appareil
de production (le secteur tertiaire prenant le relai de l'agriculture; mais les
effectifs employés vont cesser de croître), soit parce qu'elle est associée au
mode de gouvernement (au cours des dernières décennies, cette fraction a crû
sensiblement; mais les prélèvements de l'Etat sur le produit national
deviennent beaucoup trop élevés; et la tendance est maintenant d'abandonner au
Capital certains services publics), soit parce qu'elle est assistée par ceux
qui produisent.
Le
progrès dans les techniques de production n'avait pas entraîné de chômage
jusqu'à une époque récente pour quatre raisons essentielles:
-
les travailleurs organisés ont mis à profit l'amélioration de la productivité
pour obtenir des augmentations de
salaires, donc la consommation a pu croître et donner des débouchés à une
production naissante;
-
le mode de production "intégré" a élargi le marché solvable en
englobant de nouveaux travailleurs-consommateurs (paysans);
-
un nombre considérable d'activités sociales et culturelles sont devenues marchandes
(sports, loisirs, tourisme);
-
les gestionnaires du pouvoir capitaliste et les gestionnaires du pouvoir
étatique ont proliféré.
Désormais,
le progrès technique qui améliore la productivité du travail provoque le
chômage, car il réduit le nombre de travailleurs: la fraction de la population
qui est solvable grâce à son activité productive tend donc à diminuer. et il
est évident que la robotique va puissamment accentuer cette tendance, que ne
peuvent plus combattre les progrès-innovations.
Les
espoirs que font naître ceux-ci reposent sur une illusion. L'évolution n'a
jamais fait naître de nouveaux besoins, elle a simplement permis d esatisfaire
autrement des besoins individuels et collectifs qui demeurent les mêmes (se
nourrir, se vêtir, se déplacer, communiquer, ..). Dès lors que la totalité des
besoins sont pris en charge par le Capital et par l'Etat, les biens et services
produits pour les satisfaire peuvent changer, se perfectionner, mais leur
production ne fait que se substituer à
une production existante.Il n'y a pas création d'activité mais transformation
d'une activité productive.
L'homme
est lui-même un être fini, sa capacité à consommer a des limites, notamment
temporelles.
Si
jusqu'à une date récente, la machine n'avait pas créé de chômage dans les pays
industrialisés, en revanche elle en a créé dans le tiers-monde. Et les pays du
tiers-monde ont déversé une partie de leur force de travail inemployée dans les
pays capitalmises industrialisés.
Le
phénomène nouveau est que désormais la machine crée du chômage dans les pays
industrialisés eux-mêmes.
Devant
la montée du chômage, la réaction la plus générale est de chercher comment
créer des emplois. Elle est aussi logique que stupide.Le travail, qui fut
pendant des siècles une dure nécessité imposée aux hommes, deviendrait une fin
en soi !
Le
PCF et la CGT préconisent la reconquête du marché intérieur: mais
qu'adviendrait-il si tous les pays adoptaient cette position protectionniste ?
La France serait en voie d erapide sous-développement.
Les
solutions consistant en des avantages provisoires à l'embauche et à la
formation professionnelle, qui sont les deux principaux axes de la politique
française de lutte contre le chômage depuis dix ans, n'ont aucune influence sur
le nombre d'emplois offerts.
Certains
économiste sproposent de développer des activités sociales: aides ménagères,
aux handicapés, aux viellards, ...: en admettant qu'elle soit possible
financièrement et économiquement, la prise en charge de ces activités par le
Capital, l'Etat ou des collectivités publiques réduirait encore un peuplus
l'autonomie des individus.
Les
gouvernements occidentaux prolongent la durée de la scolarité : mais ils
peinent à expliquer à des adolescents pourquoi ils doivent s'ennuyer sur les
bancs d'un CES en attendant d'être en âge de pointer au chômage.
En France, l'idée prévaut qu'il faut essayer
de mieux répartir les emplois existants: en encourageant les départs anticipés
à la retraite (mais cela augmente les prélèvements à effectuer), et en
négociant la durée du travail (mais en Belgique le temps de travail était
limité à 35 heures part semaine, et le taux de chômage est l'un des plus élevés
du monde occidental; la revendication des 35 heuires ne pourra it être
satisfaite que si tous les pays industrialisés en compétition s emettaient
d'accord pour la satisfaire).
Dans
une économie qui n'est plus en expansion, le partage du travail est un projet
tout à fait irréaliste. L'apparition du robot ne peut dès lors n'avoir que des
conséquences sociales dramatiques.
Le
rapport à autrui sera de plus en plus gravement médiatisé par la machine.
Auto-asphyxie
du mode de production
Les
capacités productives augmentent et se concentrent, pour répondre aux besoins
d'une minorité qui diminue.
Les
Etats du tiers-monde non producteurs de pétrole deviennent insolvables, alors
que l'appareil de production des pays industrialisés exigeraity l'ouverture d
enouveaux débouchés.
Le
tiers-monde producteur de pétrole demeure encore un débouché, mais celui-ci est
menacé par l'arrêt de la croissance et les économies d'énergie dans les pays
consommateurs. Aujourd'hui, la situation de pays comme l'Indonésie, l'Algérie,
le Nigéria ou le Mexique prouve que le pétrole n'est pas une assurance contre
l'insolvabilité.
Au
sein du monde industrialisé, la concurrence s'exacerbe. Certains pays peuvent
cesser d'être un marché solvable pour les plus "avancés".
Le
marché (interne au monde industrialisé) se restreindra à mesure qu'augmentera
le chômage, puisque celui-ci pourra être de moins en moins indemnisé.
La
récession s'accélérera avec l'abandon progressif des projets militaires.
La
récession est déjà amorcée. Elle est masquée par le maintien des flux
d'exportation vers le tiers-monde insolvable, et vers les pays du bloc
soviétique, eux aussi dangereusement endettés.
Un
autre mode de production est-il concevable ? Pour que l'économie obéisse à une
autre logique que l'accumulation, il faudrait que s'établissent d'autres
rapports sociaux et d'autres rapports entre sociétés.
Les
valeurs d'usage créées grâce à l'actuelle concentration des activités
productives, souvent socialement inutiles, voire nuisibles, sont produites à un
coût réel qui se révélerait exorbitant, si étaient pris en compte les coûts
indirects (pollutions, réduction du capital agraire, ...).
Produire
autrement d'autres valeurs d'usage, dans un monde éclaté où chaque société
redéfinit ses besoins en fonction deson milieu et de sa culture propres, cela
peut apparaître, demain, comme la seule politique de "sortie de
crise".
Les fractures
Les
Etats-Unis, qui ont encouragé l'éclatement des empires coloniaux qui ouvrit la
totalité du tiers-monde à leurs entreprises, et ont favorisé le libre-échange
(en engageant des rounds dans le cadre du GATT), ont ainsi créé le contexte qui
a permis au Capital d'oeuvrer en toute liberté à l'échelle mondiale, et de
s'internationaliser.
Mais
l'empire du Capital s'effondrera à son tour.
A
très court terme, de nombreux pays sosu-développés vont se trouver dissociés du
marché mondial, contraints à une autonomie dont leurs dirigenats ne veulent
pas.
La
relative autarcie à laquelle ces pays seront obligés est la condition première
d'un développement endogène et autocentré. Les sociétés concernées devront
retrouver leurs limites (qui ne sont jamais en Afrique celles qui ont été
entérinées par les accords internationaux): c'est dire que des troubles sont
inévitablmes. Ils peuvent même déboucher sur une totale anarchie, semblable à
celle qui accompagna l'effondrement de l'empire chinois.
Au
Brésil, s'organisent des microsociétés qui tentent de résoudre collectivement
leurs problèmes économiques et sociaux. Des travailleurs sénégalais de la
région parisienne ont constitué un fonds d'épargne, grâce auquel sont financées
des opérations d'intérê général dans les villages dont ils sont issus.
Les
sociétés du tiers-monde commencent à mettre en cause le développement lui-même
(révolution iranienne contre le chah, indépendance réclamée par la population
autochtone de Nouvelle-Calédonie, Afrique noire, Madagascar).
Dans
les pays industrialisés, point une
"économie duale" (à distinguer de la société
"dualiste" évoquée par André
Gorz , où chaque travailleur partage son temps entre la production intégrée et
la production autonome), où à côté d'une économie hautement capitalistique et productive,
naît une économie "informelle" qui permet la survie de ceux que
rejette l'appareil de production mondialisé (récupération de déchets, transport
à domicile, prostitution, trafics de drogue, mendicité et vol).
L'agriculteur
français serait éliminé si l'europe optait, dan sle secteur agricole, pour le
libéralisme en vigueur dans les autres secteurs.
Le
chômage deviendra un puissant facteur de décomposition socilae, parce qu'il
frappe toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Le chômage des
intellectuels progresse comme celui des manuels. Dans le tiers-monde, où le
phénomène est plus ancien, les régimes politiques ont de ce fait perdu une
bonne part de leur base sociale .
La
montée du chômage est freinée par le développement du travail à temps partiel,
intérimaire et précaire. c'est alors la pauvreté qui progresse.. Les services
de Sécurité sociale sont en difficulté dans tous les pays où il en existe.
La
délinquance et la criminalité sont consubstancielles à la civilisation
industrielle : inégalités socio-économiques visibles, déshumanisation de la
rue, glorification de la violence. Le refus social s'exprime par de multiples
voies : absentéisme, drogues, mouvements de contestation.
Le
village doit devenir la cellule de base d'une économie rurale autogérée.
Le
développement doit cesser d'être un processus technico-économique indépendant
des choix socio-politiques et culturels propres à chaque société.
Le
socialisme ne peut plus raisonnablement être présenté comme une
alternative souhaitable au capitalisme.
Pour l'essentiel, l'idéologie occidentale, dont procèdent le capitalisme et le
socialisme est encore bien vivace. Tout au plus peut-on parler, en occident,
d'un désarroi idéologique. Des mouvements contestataires existent, chacun d'eux
faisant apparaître comme primordial un seul aspect de la réalité: rapport de
l'homme à son environnement pour les écologistes, rapports entre les sexes pour
les féministes, rapports entre pays industrialisés et pays sous-développés pour
les tiers-mondistes, etc. Mais il est à peu près certain que les militants les
plus radicaux de chaque mouvement contestataire poursuivent un même idéal
social.
Naissance
d'une alternative ?
Compte
tenu du contexte socio-économique, l'autogestion économique, que ce soit au niveau
de l'entreprise ou à celui de la planification centrale ne pourrait être qu'une
forme d'autodiscipline des travailleurs, puisque les conditions de production y
sont fonction de l'environnement international. Mais si l'autogestion ne peut
plus être l'objectif idéal que se fixe une collectivité nationale, elle peut
être le moyen d'atteindre celui que se fixent les minorités régionalistes et
autres dissidents: l'autonomie économique.
De
nombreuses régions en France ont été paupérisées pendant la période de forte
croissance, puis pendant la période de stagnation qui a suivi. La façon
traditionnelle d'élaborer un plan d'autonomie régionale consiste à programmer
les activités qui pourraient être promues ou développées en tenant compte des
normes de production qui prévalent au niveau international, et des débouchés
existants. Elle aboutit le plus souvent à créer des équipements touristiques.
Mais
on pourrait aussi l'établir en dissociant la région en crise du monde en crise.
il s'agit de déterminer les conditions dans lesquelles une société régionale
pourrait se remettre au travail, à partir de ses seules ressources et en ne
tablant que sur les seuls débouchés qu'elle représenterait à sa propre
production. Le plan à élaborer n'est pas de "développement", mais de
survie.
L'autogestion
élimine un nombre très important d'activités productives, soit parce qu'elles
sont sans valeur sociale, soit parce qu'elles n'ont pas à être marchandes. La
production socialement nécessaire peut n'exiger que peu de travail de chaque
travailleur.
Les
libéraux préconisent l'instauration d'une "société duale" , société
divisée volontairement en deux grands sous-ensembles d'activités et
d'individus, complémentaires et différents.(J. Arnado, C. Stoffaes, la société
française et la technologie, La Documentation française). quelques Français
veulent être informaticiens ou PDG de multinationales, d'autres préfèrent être
porteurs de gare.
La
démarche des alternatifs n'est pas généralisable. Mais leur manière de vivre,
montrant que le bien-être matériel n'est pas proportionnel à la quantité des
biens et services produits, contribue à dédramatiser la perspective d'un
rééquilibrage socio-économique entre pays industrialisés et pays
sous-développés.
Impossible
d'échapper à une problématique qui fait des intérêts matériels la cause
déterminante des relations entre individus, groupes sociaux et nations.
L'organisation de la société étant mondiale, la démocratisation devrait
s'effectuer à l'échelle mondiale.
Chaque
entité socio-politique doit pouvoir concevoir son "développement"
suivant ses voies propres, mais sans pouvoir poursuivre un objectif contraire
aux intérêts d'autres entités politiques indépendantes.
Les
expériences alternatives pourront se transformer en un système alternatif si
elles prolifèrent en se coordonnant, c'est-à-dire si elles développent des
activités suffisamment diversifiées pour que les nouvelles entités sociales
puissent se détacher progressivement du système dominant, jusqu'à la rupture
complète qui ferait d'elles des entités socio-politiques. elles n'y
parviendront que si elles se dotent d'un organe de concertation , qu'on
pourrait appeler la Centrale économique. La Centrale doit préserver la liberté
d'entreprendre, qui est une liberté individuelle essentielle.
La
concurrence n'est jamais qu'un effort individuel ou collectif pour l'emporter
sur autrui, et est donc condamnable: ce rapport agressif n'est pas du tout
inhérent à la nature humaine (celle-ci n'existe pas). Mais la concurrence est
l'indispensable contrepartie de la liberté d'entreprendre.
Il
est exclu qu'un système alternatif puisse être mis en forme et survivre à
l'intérieur d'un pays donné. S'il doit voir le jour, ce sera dans tous les pays
et sensiblement partouten même temps.
La
nature des rapports que la Centrale a pour mission de favoriser à l'intérieur
et à l'extérieur des frontières rend son travail inévitablement subversif.
Pour une
charte de la contestation mondiale
La
pensée politique actuelle, sclérosée, ne prend pas en compte des données
essentielles (l'écologie, les aspirations de l'individu qui n'est pas
uniquement un être social, ...). Cette sclérose a des conséquences dramatiques.
Trop de militants s'engagent dans la voie de la violence, notamment dans le
terrorisme. Dans le cadre national, l'action politique est désormais dénuée de
sens.
La
société ne devrait pas avoir d'autre objectif que d'assurer la pleine
réalisation du potentiel que représente chacun de ses membres.
L'idéal
social n'existe pas, il n'est qu'une ligne d'horizon qui change peu à peu à mesure que l'on avance vers elle.
Le
progrès véritable n'est pas dans la connaissance et dans la maîtrise des
techniques. Il est politique. Il est
dans l'aptitude des hommes à se gouverner, individuellement et collectivement,
en mettant leurs connaissances et les techniques au service de cet art de vivre
ensemble.